Pourquoi l'Unsa et la CFE-CGC se rapprocheraient-ils?
Le président de la CFE-CGC Bernard Van Craynest a confirmé mardi que son syndicat
était «au stade de la réflexion» concernant un projet de fusion avec l'Unsa. Un rapprochement entre deux syndicats, un événement inédit en France. Décryptage pour comprendre.
Pourquoi une fusion aurait-elle lieu aujourd'hui?
Evidemment, le calendrier ne doit rien au hasard. Le gouvernement veut modifier le plus vite possible la «représentativité
syndicale». Alors que cinq syndicats — FO, CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC — bénéficient depuis 1966 d'une «présomption irréfragable» de représentativité pour négocier des accords d'entreprises, de
branches ou nationaux, les syndicats vont désormais devoir faire preuve de leur représentativité. Dans les entreprises: selon la «position commune» arrêtée la semaine dernière entre patronat et
salariés, un syndicat devra notamment recueillir 10% des suffrages aux élections professionnelles pour participer aux négociations collectives. Dans les négociations de branches (hôtellerie,
fonction publique, chimie, banques…) nationale: un syndicat devrait recueillir 8%. Bref, alors que les règles du jeu changent, Unsa et CFE-CGC, des syndicats de taille moyenne comptent leurs
troupes et envisagent d'unir leurs forces pour passer ces seuils.
Quel serait l'intérêt d'une telle fusion pour l'Unsa?
Avec 360.000 adhérents fin 2006, l'Unsa (Union nationale des Syndicats autonome) est très forte dans la fonction publique
où elle a obtenu 12,5% des voix aux élections professionnelles. Mais sa représentativité fait défaut dans le privé. Or, pour participer aux négociations collectives nationales, un syndicat devra
justifier d'une implantation représentative «dans des branches à la fois de l'industrie, de la construction, du commerce et des services». L'Unsa risque donc de rater le coche et de devoir se
contenter du statut actuel de syndicat non représentatif. «La réforme est une occasion pour nous de peser dans le débat», reconnaît Patrick Gonthier, secrétaire général de l'Unsa-Education, joint
par 20minutes.fr, qui reconnaît du bout des lèvres une faiblesse représentative dans la métallurgie.
Quel serait l'intérêt pour la CFE-CGC?
Aujourd'hui, ce syndicat bénéficie du statut privilégié de «syndicat représentatif». Mais avec la réforme, cela pourrait changer. Car la
CFE-CGC — et ses 150.000 adhérents — n'est présente que chez les cadres, les techniciens et les agents de maîtrise, surtout du secteur privé. Et même si sa dirigeante, Danièle Karniewicz, parle
de la réforme comme d'une «bouffée d'oxygène», la centrale sait qu'elle a beaucoup à perdre.
Quels freins existe-t-il à cette fusion?
Pas forcément évident de rapprocher des syndicats qui n'ont pas la même culture du travail. Pendant longtemps, la CFE-CGC a été proche
de la droite tandis que l'Unsa est davantage marquée à gauche. Un cadre du privé n'a pas nécessairement les mêmes attentes qu'un professeur de l'éducation nationale. «Il nous faut trouver un
projet commun», concède à 20minutes.fr Danièle Karniewicz. Mais c'est surtout dans la police que le rapprochement semble difficile. Le syndicat Alliance, affilié à la CFE-CGC, voit d'un mauvais œil une fusion
avec Unsa-Police, son principal rival.
Un rapprochement qui pourrait faire boule de neige?
Danièle Karniewicz en est convaincue, avec la réforme, les syndicats, plus habitués à se diviser, «se retrouvent en
situation de s'entendre». Hormis les puissances CGT et CFDT, les autres centrales syndicales, notamment la CFTC, vont devoir s'assurer de ne pas perdre leur influence. Quant au
non-représentatif Solidaires (Sud, par
exemple), il regardera de près les modalités d'une alliance éventuelle CFE-CGC et Unsa.