« Il faudrait que la CGT et la CFDT s'interrogent sur leur capacité à rassembler »
La réforme de la représentativité syndicale est lancée. Vous voici enfin entendu ?
Il était temps. Le système institué dans les années 1950 et 1960 a abouti à un véritable désastre. De 20 %à 22 % il y a quarante ans, le taux de syndicalisation est descendu à 8 %, et même 5 % dans le privé. A force de vouloir surprotéger les organisations syndicales existantes [la CGT, la CFDT, FO, la CFTC et la CGC, NDLR], on les a affaiblies au travers notamment de la présomption irréfragable de représentativité, qui leur permet de nommer un délégué syndical dans une entreprise, même sans adhérent.
Pourtant, ni vous ni Solidaires n'êtes associé à la négociation entre le patronat et, justement, les cinq confédérations représentatives...
Cela vous étonne ? J'espère que, quel que soit le résultat de cette négociation, le pouvoir politique aura son mot à dire car c'est comme si les organisateurs d'une tombola l'organisaient pour eux-mêmes. C'est pourtant notre émergence qui a posé la question de la représentativité. Ça me fait sourire quand je vois des leaders syndicaux affirmer qu'ils posent le problème depuis plus de dix ans. Je les soupçonne de ne chercher qu'à obtenir une recomposition du paysage syndical en leur faveur, pas à favoriser un syndicalisme d'adhésion beaucoup moins idéologique. Pour cela, il faut partir des entreprises, donc permettre à tout syndicat légalement constitué de se présenter au premier tour des élections professionnelles et imposer que les délégués syndicaux soient élus.
Vous attaquez sans les nommer la CGT et la CFDT, qui se sont mises d'accord sur des propositions communes. Pourquoi ?
Il faudrait qu'elles s'interrogent sur leur incapacité à être des pôles de rassemblement. Quand on voit qu'elles n'ont que deux fois plus d'adhérents que nous...
Mais vous êtes surtout implantés dans la fonction publique quand elles séduisent chacune plus d'un électeur sur cinq dans le privé. N'est-ce pas d'ailleurs votre faible implantation dans les entreprises qui vous conduit à préférer les élections prud'homales pour mesurer la représentativité ?
Pensez-vous que l'on puisse présenter 12.000 candidats aux prochaines élections prud'homales, comme l'Unsa va le faire, sans avoir d'adhérent dans les entreprises ? De plus, ces élections sont le seul scrutin où tous les salariés peuvent voter. Aujourd'hui, le premier tour des élections professionnelles dans les entreprises n'est ouvert de fait qu'aux cinq confédérations présumées représentatives. Je n'aime pas les gens qui cachent leurs intérêts de boutique derrière de grands principes.
Vous en voulez décidément à la CGT et à la CFDT. Vous pensez que FO, la CFTC et la CGC ne défendent pas leurs « intérêts de boutique » ?
Force ouvrière a le mérite de la franchise : elle ne veut pas changer un système qui lui profite. La position de la CFTC est intéressante. Au Conseil économique et social, elle était très réservée sur le fait de faire de l'audience un critère de représentativité. Mais, aujourd'hui, elle dit qu'il est difficile de trouver d'autres critères et se montre favorable aux élections prud'homales.
Lors de la réforme des régimes spéciaux, l'autonomie de l'Unsa a rimé avec cacophonie. Etes-vous vraiment mûrs pour entrer dans le club des confédérations nationales ?
L'autonomie peut être parfois un handicap, mais est souvent un formidable atout. J'assume la difficulté que nous avons rencontrée dans ce conflit à assurer une cohérence parfaite
entre la ligne confédérale et celle notamment de nos cheminots. Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de cohérence dans d'autres domaines. Et puis, nous n'avons pas été les seuls... Le secrétaire
général d'une autre confédération a appelé à la reprise du travail et ses cheminots ne l'ont pas suivi.
"Les Echos"








