COMMUNIQUE 029 - déclaration d’Alain Olive

LA RENTREE DE TOUTES LES REFORMES

 


La stratégie du Président de la République, Nicolas Sarkozy, est désormais connue : elle consiste à engager de front et rapidement toutes les réformes annoncées pendant la campagne électorale. Certaines ont déjà passé la rampe du Parlement ; c’est la loi « travail, emploi et pouvoir d’achat » qui instaure notamment une défiscalisation des heures supplémentaires ; c’est la loi-cadre sur le service minimum, ce sont les peines planchers pour les récidivistes et la justice des mineurs, c’est la réforme des universités. Nous avons dit avant l’été ce que nous pensions de ces mesures. Celle concernant par exemple le fameux slogan « gagner plus pour travailler plus » est fondée sur un pari : que les entreprises proposent plus de travail à leurs salariés. Car ces derniers ne feront des heures supplémentaires, et donc n’augmenteront leur salaire, que si leur employeur le leur propose. Jusqu’à preuve du contraire, les salariés ne peuvent décider eux-mêmes du contingent des heures supplémentaires qu’ils veulent effectuer. Or, vu les prévisions de croissance, il n’est pas certain que les entreprises soient en capacité d’augmenter leur charge de travail. Le pari est donc loin d’être gagné.

Beaucoup d’autres réformes tout aussi importantes sont devant nous. Elles concernent notamment la fonction publique, le marché du travail, la réforme de la démocratie sociale, de la formation professionnelle, le pouvoir d’achat, le financement de notre système de protection sociale assurance-maladie et retraite.

Président de la République et Premier ministre en tête veulent des résultats rapides sur la plupart de ces sujets, pour la fin de l’année 2007. C’est donc un marathon de six mois qui s’engage et qui risque de provoquer en cette rentrée un embouteillage de réunions. Entre les trois conférences tripartites sur les conditions de travail, l’égalité professionnelle et le pouvoir d’achat, les quatre conférences annoncées sur la fonction publique, les négociations syndicats-patronat sur le contrat unique, la fusion ANPE-UNEDIC, la sécurisation des parcours professionnels et la démocratie sociale sans parler du Grenelle de l’environnement, certains ne sauront plus où donner de la tête. L’important toutefois sera pour nous, syndicalistes, de ne pas la perdre et de bien distinguer dans cette activité vibrionnante le principal de l’accessoire.

Nous serons bien sûr très attentifs aux négociations qui vont commencer en septembre entre cinq confédérations et le Medef sur la réforme du marché du travail et la démocratie sociale. Le projet est ambitieux et cela d’autant plus que le Président de la République et le Gouvernement demandent aux négociateurs une obligation de résultats, faute de quoi ils reprendraient la main début 2008 pour imposer leurs vues si aucun accord n’était conclu.

Autant dire que le Medef et certaines confédérations jouent sur cette négociation leur crédibilité. L’UNSA n’y ayant pas été conviée, raison de plus pour donner notre avis.

Oui nous sommes favorables à une fusion ANPE-UNEDIC qui devra déboucher vers un meilleur accompagnement des chômeurs vers l’emploi. Pour nous, ce qui essentiel ce n’est pas que la gestion des moyens et des fonds reste aux partenaires sociaux, mais que le système améliore son efficacité pour le plus grand bien des demandeurs d’emploi et qu’on en finisse enfin avec le parcours du combattant imposé aux chômeurs.

Oui nous sommes favorables à une refonte complète de notre système de formation professionnelle et avons applaudi des deux mains le rapport du Sénat dévoilé en juillet. Celui-ci reprend d’ailleurs un nombre important de nos propositions dont celle d’un droit à la formation en partie attaché à la personne et non plus seulement à l’emploi qui se traduirait par l’instauration d’un compte épargne formation. Il est vrai que dans ce dossier, contrairement à d’autres, nos intérêts sont exclusivement centrés autour des salariés, des chômeurs et d’eux seuls.

Quant à la démocratie sociale, nous risquons d’assister à une vraie mascarade tant ils paraît vain de demander à ceux qui profitent à fond du système de le réformer dans le sens d’une plus grande transparence et d’une plus forte légitimité. En cas d’échec, il ne restera plus alors au Président de la République qu’à honorer la promesse de sa campagne électorale et permettre à tous les syndicats légalement constitués de se présenter au premier tour des élections professionnelles, ce que nous demandons depuis bien longtemps.

Dans d’autres domaines, nous avons déjà dit notre opposition à l’instauration de toute franchise pour financer l’assurance-maladie ; nous avons également dénoncé la suppression de postes de fonctionnaires en général et celles qui frappent durement l’Education Nationale en particulier.

Va-t-on, comme dans certains pays européens, créer des agences de service public animées par des personnels de droit privé ou adapter notre fonction publique aux nouvelles tâches qui lui incombent ? Va-t-on traiter les problèmes de cette nature sous le seul angle budgétaire au risque de s’enfermer dans une logique malthusienne en terme de personnels qui s’avérerait catastrophique à terme ? Notre réponse est connue : nous sommes favorables à une profonde modernisation de notre fonction publique qui ne peut avoir comme préalable une diminution drastique des postes sans s’interroger sur le périmètre des missions.

L’UNSA sera présente sur tous les dossiers et fera entendre sa voix au vu des propositions qui sont les nôtres, que nous avons largement développées pendant la campagne électorale dans notre document de proposition : « Etre acteur du débat démocratique. »

Toutes ces questions subiront cependant l’ombre portée de la question salariale. Si le pouvoir d’achat continue à se détériorer malgré la défiscalisation des heures supplémentaires, si les salaires continuent à stagner, si la confiance dans les indices des prix publiés par l’INSEE n’est pas rétablie très vite, le débat sur les réformes en sera d’autant compliqué. Ce thème du pouvoir d’achat sera au centre des discussions que nous aurons avec la ministre de l’emploi, Christine Lagarde, que nous allons rencontrer courant septembre.

Voilà pour toutes et tous une rentrée tambour battant que nous abordons avec une très grande détermination.




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