Dijon : la rue hausse le ton
12 000 selon la police, 18 000 à 20 000 selon les syndicats. Hier après-midi à Dijon, la manifestation a été très suivie, avec un départ et une arrivée du cortège place de la République.

«C'est révoltant, on nous infantilise, on nous parle avec un vocabulaire tellement pauvre, je me demande si Sarkozy a vraiment compris qui sont ces Français qui souffrent...» Le ton est donné. Pour Maryse, enseignante, la manifestation du 29 janvier doublée de celle d'hier n'est pas de « l'anti-Sarko primaire. C'est juste qu'on aimerait être écoutés. On veut du concret, pour notre quotidien, pour nos enfants ».

« On défile pour le pouvoir d'achat »
Ainsi, hier, de 14 h 30 à 16 h 30, les manifestants ont défilé rue Jean-Jacques-Rousseau, place de la Libération, rue de la Liberté, place Darcy, boulevards-de-Brosses et de la Trémouille. Dans ce cortège, Evelyne, 50 ans, secrétaire à l'université de Bourgogne. « Je suis là pour défendre le service public, pour défendre l'emploi. On a l'impression qu'il n'y a plus de reconnaissance professionnelle.
Si les fonctionnaires étaient bien représentés hier, on retrouvait des retraités, à l'image de Jean-Sébastien, 75 ans, et affilié à la CFTC. « On défile pour le pouvoir d'achat. Les arguments du gouvernement sont insuffisants. Et on attend l'augmentation des retraites en avril, et on sait déjà qu'on va avoir des clopinettes… »
Les retraites, mais aussi les salaires. « On veut des augmentations de salaire », témoigne Isabelle, 46 ans, déléguée à l'UDAF, service protection judiciaire. Plus loin dans le cortège, Nadine Wargnier, formatrice à l'IUFM de Bourgogne. « La réforme s'est faite dans la précipitation, ça montre la négligence pour les personnels. Cette réforme met à mal le système de formation. Même si le gouvernement a fait quelques concessions, il n'y a pas d'analyse cohérente. »

« On se prive de plus en plus »
Si cette manifestation ressemblait à bien des égards à celle du 29 janvier, on pouvait noter hier la présence de très jeunes salariés, tout juste embauchés. « On est là par solidarité, on sait qu'obtenir un CDI, ça devient de plus en plus difficile. Et encore, on n'est pas à l'abri d'un plan social, confie Luigi, qui a tenu à ne pas indiquer le nom de son entreprise. Même ressenti pour Roland, 44 ans, salarié du même établissement. Si on défile, c'est pour cette vie chère, ces produits alimentaires qui n'en finissent pas d'augmenter. On se prive de plus en plus, on tente tous de faire des économies mais on n'y arrive plus ! »

« Est-ce qu'on pense aux familles ? »
Les entreprises frappées par les plans sociaux étaient aussi de la partie. Amora, bien sûr, ou encore Barry-Callebaut. « C'est tout le savoir-faire et l'identité du département, de notre région qui fout le camp ! clame ce salarié. Est-ce qu'on pense aux familles ? J'aimerais savoir si Sarkozy, le soir, s'imagine à quel point il y a des familles qui se détruisent, lentement. Ça, c'est une réalité. »

En fin de cortège, après les syndicats, les salariés du privé, les fonctionnaires, les agents de la Fonction publique, les élus ont foulé le pavé. Parti communiste ou Parti socialiste, tous se sont montrés solidaires de cette contestation sociale.
Aux côtés du maire de Dijon François Rebsamen, le président du conseil régional s'est exprimé. « Je suis là en tant qu'élu et en tant que citoyen. Pour faire entendre ce sentiment d'injustice qui règne (...) Ce qui est certain, c'est que nous allons vivre dans un monde différent. » François Patriat, qui s'avoue « déterminé » en tant que président de région, s'est montré critique à l'égard du gouvernement. « En tant que parlementaire, à chaque fois que nous interpellons le gouvernement, on a une fin de non-recevoir (...) Le volontarisme est une chose, le réalisme en est une autre ».



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