Réforme des collectivités : comment Edouard Balladur voit le monde local

Le président du comité pour la réforme des collectivités locales était l’hôte, ce 6 avril, à «Sciences Po», de la chaire mutations de l'action publique et du droit public (MADP) dirigée par le professeur Jean-Bernard Auby. Lors de cette rencontre à laquelle La Gazette a pu assister en exclusivité, Edouard Balladur a défendu son rapport. Et, surtout, livré sa vision de la galaxie territoriale.

Des pouvoirs «théoriques»
«Malgré leurs pouvoirs théoriques, les collectivités sont faibles parce qu’elles n’ont pas les moyens de leur action», considère-t-il. La question financière lui apparaît donc centrale. «Mais, se justifie-t-il, on ne pouvait pas nous demander, dans les trois mois qui nous étaient impartis, de régler la réforme de la fiscalité locale à laquelle on ne s’est pas attaqué depuis des années, voire des décennies.»

Des financements croisés «légitimes» pour les seuls projets d’Etat
«Lorsque c’est l’Etat qui prend l’initiative et apporte une part importante au pot commun, les financements croisés sont légitimes», tranche l’ancien Premier ministre. Quand une collectivité se trouve à l’origine d’un projet, Edouard Balladur se montre beaucoup plus circonspect : «L’élection au suffrage universel direct ne donne pas le droit de s’occuper de tout. Sinon, il n’existe plus de répartition des compétences, plus de droit du tout.» En ce sens, la clause générale de compétence, reconnue aujourd’hui aux trois échelons de collectivités, lui paraît un facteur de confusion. «C’est le droit d’empiéter sur les compétences d’autrui», cingle-t-il.

Des élus locaux «pas forcément ouverts au changement»
Les élus locaux, à ses yeux, «forment un monde très divers, beaucoup moins politisé qu’on ne le croit, ce qui ne les rend pas forcément dynamiques et ouverts au changement». Et Edouard Balladur de pointer «l’éternelle dichotomie française» : «D’un côté, l’appel permanent au pouvoir central afin de résoudre tous les problèmes. De l’autre, la crainte du pouvoir central dès qu’il tente de régler les difficultés.»

Contre «l’Europe des régions»
L’ancien collaborateur de Georges Pompidou voit d’un mauvais œil «les ambassades» des conseils régionaux à Bruxelles. «L’Union européenne est une union d’Etats, rappelle-t-il. Je ne suis pas favorable à l’Europe des régions et à la représentation des collectivités. Le Comité des régions a un rôle consultatif, c’est suffisant comme cela.»

Pour «une collectivité de la métropole du Grand Paris»
Pour l’ex-député (UMP) de Paris, le projet de syndicat mixte Paris métropole, soutenu notamment par la ville de Paris et le conseil régional d’Ile-de-France, «ne répond pas à la question posée». «Ce n’est qu’une association d’étude, déplore-t-il. Je ne crois pas qu’en Ile-de-France, nous souffrions d’une insuffisance d’organismes de ce genre.» «Je constate qu’on a commencé à parler beaucoup de Paris métropole un mois après que notre comité a débuté ses travaux», relève-t-il également. Edouard Balladur défend maintenant «une collectivité de la métropole du Grand Paris», proche du statut de communauté urbaine et réduite, pour l’essentiel, aux quatre départements du cœur d’agglomération. Il reconnaît «le risque de coupure». Mais, selon lui, ce danger existe déjà : «Les habitants des confins des Yvelines et de la Seine-et-Marne, reprochent à la région de s’occuper trop du centre et pas assez d’eux.»



 

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