Entretien avec Alain Olive


HD. 29 janvier, 19 mars, 1er mai… le rythme des mobilisations nationales est espacé. Vous convient-il ?
A.O. On a eu à gérer les conflits sur la protection sociale, les retraites, le CPE. Mais la gestion de ces dossiers était centrée autour de revendications assez bien identifiées. Aujourd’hui, nous avons une période de crise où on sait que le chômage va augmenter fortement, puisque les chiffres de production 2008 sont catastrophiques et que ceux de 2009 le seront tout autant. Et il se peut que cette crise soit longue. En tant qu’organisation syndicale, on doit le prendre en compte et faire en sorte que notre action soit la plus utile possible aux salariés et à ceux qui n’ont pas ou plus de boulot. Je suis donc tout à fait satisfait de ce qu’a décidé l’intersyndicale. On ne peut pas réagir par à-coups. Le fait d’avoir des actions, à périodes déterminées, qui nous permettent d’évaluer comment les décisions retombent, ca me paraît être une bonne chose. Après, chacun peut avoir des avis divergents sur l’efficacité de ce qu’on fait et tout cela se débat dans l’intersyndicale.

HD. Un des débats étant que ce rythme soit en décalage avec l’urgence sociale ressentie par les salariés…
A.O. Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Qu’il y ait urgence pour les salariés, c’est sûr. Mais je pense que nos mobilisations sont efficaces. Chaque fois que le président de la république et le gouvernement ont bougé, c’est à la suite d’actions syndicales. On ne le dit pas assez.

HD. Au titre de ces avancées, mettriez-vous le Fonds social d’investissement détaillé le 9 avril ?
A.O. Oui, parmi ces avancées, il y a l’indemnisation du chômage partiel et le fonds social. L’Unsa n’étant pas dans les organisations représentatives, nous ne sommes pas dans la négociation sur ce sujet. Et nous aurions préféré que le fonds de sécurisation des parcours professionnels, crée par l’accord sur la formation professionnelle, soit fortement abondé parce qu’il est directement géré par les partenaires sociaux.

HD. Pour la première fois, le communiqué du 30 mars, soutient le développement d’actions au mois d’avril sur les bassins d’emploi. Vous vous retrouvez dans cette volonté là ?
A.O. Je crois que les actions nationales, qui rythment les mobilisations, sont indispensables mais elles n’interdisent pas que se montent des intersyndicales sur des bassins d’emploi. Dans les secteurs touchés par la crise, cela se fait déjà : Caterpillar, Continental…
L’intersyndicale n’a pas pour vocation de mettre un couvercle sur tout ce qui peut bouger dans la société française. De ce point de vue, il y a certes des mesures nationales à prendre, sur le chômage partiel par exemple, mais de plus en plus les salariés, et même les chefs d’entreprises font appel au local et sont en attente de réponses à ce niveau là pour régler leurs problèmes.

HD. Faisant droit à la revendication de la CFDT, le pouvoir ne cherche-t-il pas à semer la division au sein de l’intersyndicale ?
A.O. Vous savez, si on veut chercher des raisons de division entre les syndicats on peut en trouver des tonnes. Moi, tout ce qui m’intéresse, c’est de chercher la grosse bête de l’unité plutôt que de chercher la petite bête de la division,. Parce qu’on vit une situation extrêmement grave et qu’on agit sous le regard des salariés. Ce que je constate dans mes déplacements en province, c’est que les salariés sont contents que pour une fois, les organisations syndicales parlent d’une même voix. Ca nous donne une responsabilité. D’ailleurs, la CGT et la CFDT ont une responsabilité majeure dans ce fait. Moi je ferais donc tout pour que cette intersyndicale ne soit pas mise en danger et qu’elle dure.

HD. Comment faire durer la mobilisation nationale après le 1er mai alors que l’été approche ?
A.O. Au moment où on parle, je ne sais pas si le 1er mai sera réussit. Le 1er mai, c’est un rituel auquel l’Unsa a toujours participé depuis qu’elle existe. La question c’est de savoir s’il prendra une autre coloration, celle d’un 1er mai de crise. J’entends beaucoup de choses très optimistes sur le 1er mai, moi j’invite à la prudence. Il faut mobiliser, rien n’est évident.

HD. Quels types de réponses doivent apporter patronat et gouvernement pour vous satisfaire ?
A.O. Il faut que ce soit des réponses solidaires et justes. Par exemple, pour les gens qui sont frappés par le chômage, il faudrait que l’indemnisation du chômage soit élargie. C’est vrai que c’est une mesure qui coûte mais tout coûte… le sauvetage des banques aussi ! Et puis, il y a le dossier des jeunes pour lesquels Martin Hirsch nous annonce des mesures… on verra bien. D’ailleurs, encore une fois, on sent bien que les mobilisations syndicales forcent le président de la république à bouger sur ces thèmes-là. Regardez par exemple son discours de Saint-Quentin, qu’on a vu comme adressé à une partie de sa « clientèle », mais il y a aussi à l’intérieur de ce discours une sorte d’hommage aux organisations syndicales… quand il décline les mesures prises le 18 février, on pourrait toucher des droits d’auteurs ! Il n’a pas pris ces mesures spontanément, il faut le rappeler.

HD. Sur l’emploi public, il y aurait des décisions simples à prendre…
A.O. Ca fait partie des contradictions ingérables. Des décisions ont été annoncées pendant la campagne électorale de 2007, qui correspondaient à l’époque et qui se trouvent totalement en décalage dans la situation actuelle. C’est incompréhensible : vous ne pouvez pas dire que votre priorité c’est l’emploi et que le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux est une affaire de bonne gestion. D’autant que le discours du gouvernement aujourd’hui est celui de la réhabilitation des services publics et du modèle social français, comme remèdes à la crise. Il y a encore peu de temps, quand les syndicats disaient que ce modèle social, imparfait, devait être conservé et amélioré, on passait pour des ringards ! Aujourd’hui, Ernest-Antoine Sellière lui-même se fait le chantre de l’Etat providence…. On est dans une révolution culturelle qui va laisser des traces. Mais, comme cette question de l’emploi public est un marqueur idéologique très fort pour le président en place, il tient. Comme d’ailleurs sur le bouclier fiscal.

HD. Les gens connaissent mal votre organisation. Quelle est la sociologie de vos adhérents ?
A.O. Elle est assez simple, on doit avoir 65% d’adhérents salariés dans le secteur public et 35% dans le privé. Avec aujourd’hui un fort développement dans le privé. C’est un effet inattendu de la loi sur la représentativité, je ne sais pas si la CGT et la CFDT avaient envisagé cela mais, la possibilité de désigner des représentants de section syndicale (RSS) dans les entreprises de plus de 50 salariés est une vraie bénédiction pour nous. Et puis nous traversons une période d’implantations nouvelles dans les entreprises parce que des plans sociaux se mettent en place. Beaucoup de salariés sont désarmés face à ca et c’est là que l’utilité des organisations syndicales est forte.

HD. Cette vague d’implantations suffit-elle à vous rassurer face au danger que représente pour vous la loi sur la représentativité ?
A.O. Je suis effectivement surpris par le nombre de RSS que nous désignons, je ne m’y attendais pas trop. Après, vous savez que j’étais favorable à ce que l’Unsa face quelque chose avec la CGC pour la bonne et simple raison que nous avions beaucoup de complémentarités. Ca n’a pas pu aller jusqu’au bout, on prend acte. La CGC a fait le choix de rester dans le catégoriel. Nous prenons acte.



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