creditmunicipal.jpgCrédit municipal : la mairie de Dijon va ponctionner 30 millions d'euros sur les fonds propres du CMD...




Décidément, le dossier du Crédit Municipal de Dijon (CMD) est bien difficile à appréhender... Début novembre, une partie des 110 employés manifestaient contre le projet de la mairie de filialiser l'établissement bancaire. Quelques jours plus tard, la municipalité se justifiait en expliquant que l'agrément de fonctionnement du Crédit municipal de la ville serait retiré si rien n'était fait, arguant que la filialisation restait la seule option envisageable pour sauver l'établissement. Après une réunion organisée le 15 janvier 2010 avec le maire de Dijon, François Rebsamen, l'intersyndicale du CMD s'étonne de la manière dont la municipalité essaye de sauver le Crédit municipal dijonnais... en annonçant vouloir faire remonter 30 des 64 millions d'euros de fonds propres de l'établissement au bénéfice de l'action sociale de la ville.

L'intersyndicale du CMD a rencontré deux fois le maire de la ville, le 18 décembre 2009 et le 15 janvier 2010, afin de suivre en direct l'évolution du dossier. Quelles sont les nouvelles ?

"Et bien elles ne sont pas très bonnes... François Rebsamen nous a effectivement reçus en nous rappelant que la situation du CMD était difficile et que si les déficits se succédaient, l'agrément de fonctionnement nous serait retiré (par la Commission des Finances). Il a également indiqué être toujours à la recherche d'un partenaire pour créer une filiale. C'est là qu'il nous a subitement parlé de la Caisse d'Épargne : l'établissement serait en effet en train d'étudier le dossier et rendra une réponse au plus tard le 30 mars 2010, juste après les élections régionales... En 1995, lorsque nous avions déjà failli être vendu, c'était également la Caisse d'Épargne qui s'était montrée intéressée. Mais ils avaient finalement renoncé à la transaction, au motif que nous étions trop cher... Bref, en tout cas nous n'avons pas vu un seul supposé partenaire venir nous auditer au CMD. En fait, on peut même se demander pourquoi on s'intéresserait à nous : le CMD, tant au niveau de son fonctionnement que de son personnel et de sa clientèle, est véritablement à part dans le paysage bancaire.

... Sans compter que le CMD ne serait pas en bonne santé puisque menacé de fermeture. L'établissement pouvait pourtant dégager des bénéfices de sept millions d'euros certaines années : comment tout a basculé ?

Jusqu'en 1992, les directeurs des Crédits municipaux étaient nommés par le ministre des Finances du gouvernement : ils étaient alors de vrais financiers. Ensuite, la loi s'est vue modifiée : les Crédit municipaux ont été placés sous l'entière responsabilité des maires où les sièges étaient implantés. Les maires se sont retrouvés banquiers, ce qui n'est bien sûr pas leur métier ! La plupart d'entre eux ont laissé mourir leur établissement : mauvaise gestion, fermeture, parfois même malversations financières... A Dijon, dans les mois qui ont suivi cette modification de loi, le directeur a changé. Michel Ferret a été limogé au motif qu'il avait une trop grande agressivité commerciale ! La mairie a alors placé quelqu'un à elle : Michel Janot. Humainement, ce dernier était une crème mais il exécutait ce qu'on lui demandait de faire. C'est avec lui que le maire de l'époque, Robert Poujade, a décidé de faire remonter la majeure partie des bénéfices du CMD au Centre Communal d'Action Sociale (CCAS) de Dijon. Depuis 2000 ou 2001, c'est l'ensemble de nos bénéfices qui vont au CCAS.

L'ensemble des bénéfices allant au CCAS, le Crédit municipal a-t-il pu investir pour son développement ?

Cette action sociale politiquement définie, nous avons cessé de réaliser des économies. De cette manière, nous avons évité des investissements que nous aurions dû faire lors de tournants importants, dans le commercial et l'informatique notamment. En outre, il y a eu des erreurs de faîtes dans les ressources humaines : l'ancienne direction a en effet embauché des administratifs lorsque nous aurions eu besoin de commerciaux. Aujourd'hui, il n'y a que 10 ou 15% de commerciaux au CMD ; les chiffres devraient être inverses ! Objectivement, pour que le CMD redémarre, il faut impérativement investir dans l'informatique et avoir une politique commerciale efficace et cohérente. Cela passe par de la publicité : l'atout majeur du CMD est d'être un établissement public et social. Les gens en ont assez qu'on leur vende des packs de téléphonie mobile dans leurs banques. Tout le monde a l'impression de se faire avoir à cause d'agios faramineux, de frais de gestion de compte importants... C'est là que nous avons un créneau à jouer. Par ailleurs, il faudrait remotiver le personnel à relancer l'action commerciale. Pour mener toutes ces actions, nous pouvons imaginer que trois ou quatre millions d'euros seraient suffisants.

Le Crédit municipal de Dijon a-t-il les moyens financiers de se relever ?

Plus pour très longtemps... François Rebsamen nous a en effet annoncé qu'il demanderait à faire remonter 30 des 64 millions d'euros de fonds propres du CMD dans le but de les utiliser pour l'action sociale de la mairie. Il a d'ores et déjà établi un calendrier dans ce sens : il lui faut d'abord obtenir l'avis et l'accord du Comité des établissements de crédits et des entreprises d'investissements (cellule de la Banque de France) sur la question. Ensuite, "l'information" sera évoquée lors du prochain conseil municipal début février. Enfin, la décision finale en reviendra au Conseil d'orientation et de surveillance (COS = autorité qui régit le fonctionnement du CMD) lors de la troisième semaine de février.

L'adjoint aux finances de la ville et vice-président du COS, Georges Maglica, avait annoncé une telle ponction, mais pas avant d'avoir trouvé un partenaire pour la filialisation... Comment appréhendez-vous la nouvelle ?

D'un côté, le maire nous annonce que les caisses des Crédits municipaux de Lyon et Bordeaux ont récemment pris contact avec notre directrice, Marion Joyeux, pour une coopération entre caisses notamment sur l’informatique, à laquelle il s'est dit favorable : voilà une nouvelle particulièrement positive. De l'autre côté, il y a cette ponction de 30 millions d'euros. Or sans cet argent, il n'y a plus d'investissements possibles. Cette fois, ça nous laisse vraiment l'impression que nous allons mourir. Car cette ponction met en péril directement et à très court terme le devenir de l'établissement.

 

 

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Jean-Philippe Beauvoir,

Syndicat Unsa Territoriaux du Crédit Municipal de Dijon

 

 

 

 


 

 

 

 

 



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