creditmunicipal.jpgCrédit municipal : la mairie de Dijon fait marche arrière...


Voilà des mois que le sort du Crédit municipal de Dijon (CMD) est en discussion...

En novembre 2009, la mairie annonçait en effet sa volonté de filialiser l'établissement bancaire, expliquant que l'agrément de fonctionnement lui serait retiré si rien n'était fait. Fin janvier 2010, il était même question de faire remonter 30 des 64 millions d'euros de fonds propres du CMD au bénéfice de l'action sociale de la ville. La nouvelle ne manquant pas de faire polémique...

Jeudi 18 mars, Georges Maglica, adjoint aux Finances et au Personnel de la ville et vice-président du Conseil d'orientation et de surveillance (COS), a annoncé que la mairie revenait sur sa précédente décision. Un autre avenir semble se profiler pour le CMD...


Le 9 mars 2010, le siège du CMD rue de Mulhouse était bloqué par des manifestants. Ce jour-là, vous deviez avoir une réunion du Conseil d'orientation et de surveillance (COS = autorité qui régit le fonctionnement du CMD) durant laquelle vous deviez voter la remontée de 30 millions d'euros de fonds propres de l'établissement : que s'est-il passé ?

Nous devions en effet voter le principe d'une remontée de fonds propres à la demande des autorités bancaires. Il faut savoir que cette affaire ne relève ni d'une législation ni d'une réglementation. Il y a une pratique et des procédures observées. Ils l'ont fait à Lille, Paris, Bordeaux, au Havre, etc. Mais ce jour-là, on a été empêché physiquement d'entrer puisque c'était bloqué par quelques employés, beaucoup de permanents politiques, de permanents syndicaux et par quelques clients. A ce propos, je souligne que monsieur Mangione (président de la récente association de clients du CMD) était plutôt d'accord avec notre analyse...

Monsieur Mangione était d'accord avec quoi exactement ?

Il comprend bien que dès l'instant où l'on ne peut pas financer l'action sociale de la ville grâce à des excédents annuels, il n'est pas anormal que l'on fasse remonter des fonds dormants... Car on a quand même 30 millions des 68,2 millions d'euros de fonds propres qui dorment et qui ont rapporté 130 000 euros en 2009. Pourquoi ça rapporte si peu ? C'est parce que ce sont des fonds qui sont théoriquement disponibles pour assurer les prêts. Vous ne pouvez donc pas les prêter à long terme ou à moyen terme, mais seulement au jour le jour. Et comme le taux au jour le jour est très bas, la rémunération est très faible.

En novembre 2009, vous annonciez vouloir filialiser jusqu'à 100% l'établissement : où en est le projet aujourd'hui ?

Nous n'avons pas prospecté auprès de tous les partenaires mais l'histoire de la filiale est pour le moment en stand-by. Ça ne veut pas dire qu'on ne trouvera pas une opportunité un jour. J'ai toujours dit qu'on explorait toutes les pistes pour sauver l'établissement...

Cette décision de prendre 30 millions d'euros de fonds propres n'aurait-elle pas laissé un établissement en mauvaise santé, ce qui aurait pu effrayer d'éventuels partenaires ?

Il y a des ratios en matière de fonds propres : le ratio de base est un dépôt permanent de 8%, rapport entre les fonds propres et les encours de prêts. Mais aujourd'hui, on est plutôt sur un ratio prudentiel de 12%. Après avoir fait nos études, on s'est dit que l'on pouvait aller jusqu'à 14 ou 15%. Avec ce qu'on laissait, soit 38,2 millions d'euros, on était à 36% et donc on explosait tous les ratios ! Le problème du CMD, ce n'est pas un problème de volume de fonds propres mais de productivité. Je prends l'exemple de Bordeaux, qui a remonté ses fonds propres de sorte qu'aujourd'hui il lui en reste 22 millions d'euros : et bien en 2009, il a fait 1,13 million d'euros d'excédent. Et nous, avec 68,2 millions, on en a fait 31 000 euros !

Quel est le secret du Crédit municipal de Bordeaux ?

Ils sont plus productifs : ils ont moins de personnel et plus de produits. De notre côté, tant que nous n'aurons pas développé notre production, il faut bien que nous réduisions les charges. Tout le monde en convient. Aussi, dans le programme de travail qu'on s'est assigné avec l'intersyndicale, il y a le problème de la baisse des ressources humaines. Mais ça, ce n'est pas contesté. Cela concerne 25 ou 30 postes. Il faut savoir qu'il y a très peu de personnel sur nos douze agences donc nous allons garder le réseau d'agences avec ses employés. Mais au siège, où 80% du personnel est concentré, il s'agit essentiellement d'administratifs alors que nous avons besoin de commerciaux...

Comment seront pris en charge ceux dont les postes vont être supprimés ?

On s'est engagé très fortement pour les personnels qui vont nous quitter. Je viens de discuter avec le Grand Dijon qui nous reprend quatre employés. A la ville, nous sommes prêts à faire l'effort de leur maintenir leur niveau de rémunération jusqu'à ce qu'on arrive en sifflet, à l'indice ou à la fonction qui leur permettent de toucher le même salaire qu'aujourd'hui. A la dernière commission d'embauche de la mairie, nous leur avons proposé onze postes. Ça ne veut pas dire qu'ils vont venir... Et en tant que fonctionnaires territoriaux, nous devons leur payer leur salaire tant qu'ils n'ont pas trouvé une place dans un nouveau service (ces derniers peuvent refuser jusqu'à trois postes proposés).

En tout cas, le fait de fermer cette vingtaine de postes nous permet d'espérer un coefficient d'exploitation amélioré dès 2012/2013. Au lieu d'être à 100% comme il l'est actuellement, c'est-à-dire de travailler à perte, il serait à 70% d'ici deux ou trois ans. Sachant que la norme en France pour les coefficients d'exploitation est environ à 65%. Nous, nous avons fini l'année à 97,77%. C'est pour cela que les autorités bancaires veulent nous retirer l'agrément...

Croyez-vous que les autorités bancaires patienteront le temps que le CMD se remette sur pieds ?

Oui, tout à fait. J'ai passé deux grands oraux avec elles l'an dernier et elles m'ont demandé, à l'issue de nos discussions, de leur faire parvenir par écrit notre projet. On le leur a donc présenté : fermeture de deux agences déficitaires, réduction de personnels, résorption de loyers que l'on paye et qui ne servent à rien, ventes de biens comme ceux de la Fontaine d'Ouche... Bref, tout un plan qui vise à les convaincre. Et surtout, sans oublier la stratégie de relance autour du prêt immobilier et un nouveau produit, la restructuration hypothécaire car il y a une très forte demande pour cela. J'en ai discuté avec les personnels et je suis sûr qu'ils sauront le faire avec une formation.

Donc notre pari aujourd'hui, c'est de donner la priorité à ce développement, pour qu'en baissant les charges et en augmentant nos produits, nous puissions rétablir le coefficient d'exploitation. A partir de là, nous devrions conserver notre agrément... et continuer l'activité, cela dans un grand projet de groupement bancaire solidaire et social avec les Crédits municipaux de Bordeaux et Lyon.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce grand projet avec les Crédits municipaux de Lyon et Bordeaux ?

Le maire (François Rebsamen) a rencontré Gérard Collomb (le maire de Lyon) et il doit rencontrer Alain Juppé (le maire de Bordeaux). Tout le monde est d'accord pour dire : "Si Dijon est rayé de la carte, on est tous morts". Donc nous allons travailler tous les trois car nous représentons 80% de l'activité du territoire. Nous allons travailler ensemble sur un projet de relance, avec de la mutualisation des services informatiques par exemple, mais aussi du contrôle interne, du contentieux, etc. Et si ça marche, c'est très bien. Sinon, on a une chance fabuleuse, c'est que Lyon ou Bordeaux pourraient reprendre notre activité bancaire si l'on nous retirait l'agrément. C'est donc une sécurité pour nos clients et les personnels.

Que deviendront les prêts sur gage ?

On en est revenu à ma proposition d'origine : on ne ferme pas les prêts sur gage mais on négocie avec les maires en leur disant que n'étant pas dans une bonne situation et ne pouvant pas garder notre réseau de prêts sur gage, il faut que nous fassions un partenariat. Mais si les villes ne sont pas d'accord, Lyon et Bordeaux sont prêts à reprendre ces services. On est en train d'en parler avec les maires...

Est-ce les pressions du personnel et des clients qui vous ont fait faire marche arrière sur les 30 millions d'euros ?

C'est surtout un signe politique... Nos opposants ont profité de cette histoire pour faire de l'amalgame et dire n'importe quoi : "Vous voyez bien que la ville est sur la paille et ne peut pas financer ses projets pharaoniques, la preuve c'est qu'ils font un hold-up de 30 millions d'euros sur le CMD !". Moi, j'ai fait remarquer que si on était sur la paille, comment on avait pu rembourser 4 millions d'euros de dettes fin 2009, passant de 235 millions d'euros de dette à 231 millions voir 230 millions ! Si on était sur la paille, nous n'aurions pas remboursé mais réemprunté ! Pour bien montrer que nous sommes loin d'être au plus mal, notre budget a été fait sans les 30 millions d'euros. C'est un signe politique très fort que de montrer que notre budget est bouclé et que nous pourrons faire sans ces 30 millions pour les années 2010, 2011, 2012, 2013... 2014 !

En revanche, c'est vrai qu'il y aura une vraie problématique autour du financement de l'action sociale de la ville, dans la mesure où l'État s'est fortement désengagé et que le Conseil général de la Côte d'Or se désengage (350 000 euros en moins par an). Comme il n'y a plus de financement du CMD, comment fait-on pour ne pas augmenter les impôts au-delà de l'inflation tout en maintenant notre politique d'aides tarifaires, car je vous signale que l'on va faire voter le passage à des tarifs sociaux en fonction des revenus des familles : comment fait-on pour continuer tout ça ?

Mais d'ici trois ans, le Crédit municipal pourra à nouveau financer l'action sociale de la ville si tout marche comme prévu ?

Et bien c'est notre pari !


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