Fusion CFTC-CGC : pour la CGC, "la porte reste ouverte"
Selon Bernard Van Craeynest, la fusion entre la CFE-CGC et l'Unsa sera effective au
second semestre 2009. Il invite de nouveau la CFTC à rejoindre ce nouvel ensemble
La Croix : La CGC ne participe pas à la journée d’action organisée aujourd’hui. Pour quelles raisons ?
Bernard van Craeynest : Nous ne voulions pas voler au secours de la CGT et de la CFDT qui ont décidé toutes seules de cette journée. À force de voir organiser des mouvements dans
tous les sens avec différents mots d’ordre, les salariés ne s’y retrouvent plus et ces journées d’action ne servent à rien.
Nous pensons au contraire qu’il faut sérier les sujets prioritaires. C’est la raison pour laquelle notre démarche s’inscrit d’abord dans une reconfiguration du pôle syndical
Où en est votre projet de rapprochement avec l’Unsa ?
Cela fait maintenant trois mois que nous y travaillons. Jeudi dernier, le comité confédéral de la CFE-CGC s’est prononcé à 80 % en faveur de ce
rapprochement, qui devrait être effectif au second semestre 2009. Nous sommes convaincus en effet que la loi sur la représentativité va inévitablement conduire à une recomposition
du paysage syndical.
Mais quels sont vos points communs avec l’Unsa, surtout présente dans la fonction publique et classée à gauche, alors que la
CFE-CGC est surtout dans le secteur privé et classée un peu plus à droite ?
Arrêtons de nous focaliser sur
ces idées totalement préconçues et qui ne veulent rien dire ! Il y a des gens à droite et à gauche dans nos deux organisations. Mais leur sociologie présente beaucoup de similitudes. Nos
militants sont pour leur grande majorité des « bac plus quelque chose ».
Nous réfléchissons ainsi à la création d’une structure qui soit à l’inverse de ce que font les autres. Les centrales syndicales généralistes ont un pôle cadre, qui n’est qu’une entité parmi
d’autres dans leur organisation. Notre objectif est d’être d’abord une centrale d’encadrement avec un pôle « employés » et un pôle « ouvriers ».
Ne craignez-vous pas d’apparaître comme un mouvement corporatiste, attaché à défendre les statuts ?
D’abord, le rôle d’un syndicat
est de défendre les salariés. En nous rapprochant, nous cherchons à être au plus près du terrain. Et grâce à une mutualisation des moyens, nous pourrons développer nos services. Nous proposons
déjà à nos militants une assistance psychologique vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Nous avons également une assistance juridique et une offre collective de prévoyance.
On peut aller encore plus loin.
N’est-ce pas un langage très marketing ?
Le fait syndical est aussi un
marché. Les organisations actuelles se partagent 8 % des salariés. C’est bien la preuve que ce qui est proposé actuellement ne répond pas aux attentes. L’histoire du syndicalisme français s’est
construite à partir de scissions. Pour la première fois, nous nous efforçons de construire quelque chose de neuf en nous rassemblant. Ce n’est pas facile, même si nous sommes d’accord sur
l’essentiel. Dans des secteurs comme la police, par exemple, nos deux organisations se bagarrent depuis des années. Elles ne vont pas se retrouver bras dessus, bras dessous du jour au lendemain.
Mais il s’agit maintenant de déposer les armes et de faire preuve de diplomatie.
Où en est l’idée d’un rapprochement avec la CFTC ?
Nous avons eu des échanges avec la CFTC et j’en ai
longuement parlé avec son président, Jacques Voisin. Aujourd’hui, il n’a clairement pas reçu de mandat pour poursuivre les discussions sur un éventuel rapprochement.
Mais notre porte reste ouverte car, avec la CFTC, la CFE-CGC et l’Unsa peuvent se retrouver ensemble autour de valeurs humanistes. Je suis
convaincu en tout cas que les lignes vont bouger. Et si rien n’est fait au sommet des confédérations, cela se passera sur le terrain.
La Croix
Le rapprochement entre la CFE-CGC et l'Unsa se
précise
Le comité confédéral de la CFE-CGC, qui s'est réuni ce jeudi 12 juin 2008
pour débattre de la "recomposition du paysage syndical français", a mandaté, par 80% des suffrages, la direction confédérale "pour continuer les travaux de rapprochement avec d'autres
organisations syndicales", annonce la confédération de l'encadrement. En l'occurrence, un processus de rapprochement est engagé depuis mars dernier avec l'Unsa. Cette dernière réunira son bureau
national le mercredi 18 juin afin de valider la suite du processus. Ce mouvement est une des premières conséquences de la position commune du 9 avril 2008, qui prévoit notamment de conditionner
la représentativité d'une organisation syndicale à son audience électorale, et devrait ainsi modifier le paysage syndical.
"Il ne s'agit pas de fusionner la CFE-CGC et l'Unsa mais bien de construire une nouvelle organisation ouverte à tous ceux qui souhaitent la rejoindre. Rien n'a été figé ou arrangé", assure
Bernard van Craeynest, président de la CFE-CGC, en introduction du document de travail soumis au comité confédéral. Ce "nouveau pôle syndical" doit être "une véritable alternative à la
contestation permanente ou à la réforme de connivence", avec un triple objectif:
- "être un pôle réformiste, donc un syndicat de propositions qui n'hésitera pas à organiser un rapport de force si nécessaire";
- "être une organisation indépendante de tout parti politique, qui couvre l'ensemble des catégories socioprofessionnelles", aussi bien du secteur privé que public, avec "une expression et une
représentation particulière pour l'encadrement";
- "être une organisation ouverte à tous ceux qui souhaiteront la rejoindre et notamment les 92% de
non-syndiqués"
Un texte commun daté du 5 juin, disponible sur le site de
l'Unsa, détaille ces grands principes.
CALENDRIER
Le document de travail examiné ce jeudi par le comité confédéral de la CFE-CGC précise le calendrier prévisionnel de cette opération. Des études juridiques doivent notamment être menées au second
semestre 2008 "sur les conséquences possibles" de ce rapprochement en termes de représentativité. Des rencontres doivent aussi avoir lieu entre fédérations et syndicats de chaque branche
professionnelle pour "évaluer les points de convergences et de divergences" et "mesurer les impacts en termes de représentativité dans la nouvelle organisation".
Par ailleurs, un groupe de travail, constitué de présidents de fédérations et de membres du bureau national, doit réfléchir à une "structuration type des branches professionnelles et de
l'interpro". Des concertations seront aussi organisées entre secrétaires nationaux des deux organisations pour harmoniser leurs messages respectifs sur les dossiers sociaux d'actualité. Un comité
confédéral devra examiner, en décembre 2008, les résultats des différents groupes.
Au premier semestre 2009, une étude doit être réalisée pour "mesurer l'actif et le passif de chaque organisation, les circuits des cotisations, les subventions, les salariés, les méthodes de
gestion, les systèmes informatiques, comptables…" Le comité confédéral de la CFE-CGC de juin 2009 devra valider la date de l'éventuel congrès fondateur de la nouvelle entité.
62% DES ADHÉRENTS DE LA CGC APPROUVENT
Ce rapprochement est approuvé par 62% des adhérents de la CFE-CGC, contre 35% qui s'y opposent, selon un sondage Opinionway joint au document. Un peu plus de la moitié (52%) des adhérents
favorables estiment que cela "peut déboucher sur la naissance d'un nouveau syndicat plus attirant pour les salariés et à même d'atteindre le niveau de représentation et la capacité de négociation
de la CGT et de la CFDT".
La moitié des interrogés estiment que ce rapprochement est nécessaire pour préserver la représentativité légale de la CFE-CGC, tandis que 49% y voient l'occasion de donner une image moins
catégorielle de la confédération. Au total, 83% des adhérents sondés jugent que la confédération pourrait perdre sa représentativité légale dans le cadre de la réforme législative suivant la
position commune.