Les syndicats sceptiques à la veille de la conférence sur les conditions de travail

C'est la première des trois "conférences sociales" annoncées par Nicolas Sarkozy. Le ministre du Travail Xavier Bertrand reçoit jeudi les syndicats et le patronat pour une "conférence sur l'amélioration des conditions de travail". Sceptiques, les organisations syndicales craignent que "la montagne n'accouche d'une souris".

La conférence commence jeudi à partir de 8h30 au ministère du Travail à Paris. Elle se tiendra en présence de l'ancien ministre délégué au Travail Gérard Larcher, qui a mené les groupes préparatoires et présentera le rapport de ces discussions, déjà remis aux partenaires sociaux.

"Nous avons eu six réunions préparatoires qui ont donné lieu à un document de synthèse. La conférence de jeudi doit normalement servir à annoncer des décisions concrètes. Quoi? On n'en sait rien, puisque la note de synthèse se contente d'évoquer des pistes, des recommandations et des incitations aux différentes parties concernées", a déclaré mercredi à l'Associated Press Pascale Coton, chargée de ce dossier auprès de la CFTC.

Pour elle, "c'est une conférence alibi, même s'il y a de vrais constats. On a l'impression que pour le gouvernement, ça fait bien d'en parler dans le paysage politique, peu importe que ça aboutisse ou pas". "A l'heure où le gouvernement met en place l'allongement de la durée d'activité pour les salariés tout en leur proposant de 'travailler plus pour gagner plus'", la CFTC "exige", dans un communiqué, "que le chantier de l'amélioration des conditions de travail soit abordé avec davantage de volonté".

Le rapport final des groupes de travail préparatoires dégage trois thèmes principaux, dont la souffrance psychique au travail alors que plusieurs suicides ont eu lieu depuis le début de l'année chez Renault notamment.

Le rapport préconise de définir des "modalités d'alerte, d'écoute et de médiation" face à cette question. La manipulation des produits dangereux -avec une recommandation sur l'information des utilisateurs- ou encore la multiplication des troubles musculo-squelettiques figurent aussi dans le rapport.

"A la lecture de la synthèse, je peux m'interroger sur l'utilité de l'exercice. Le ministre avait parlé d'une conférence 'décisions', j'attends de voir ce qu'il va nous dire jeudi", a confié à l'AP Jean-Marc Bilquez, de FO.

Pour Jean-Louis Malys, secrétaire national à la CFDT, "ça a été utile dans le sens où ça a permis de travailler ensemble et de sonder les intentions des uns et des autres". Mais, ajoute-t-il, "le document de synthèse est décevant, il manque de consistance. On ne souhaite pas d'effet d'annonces qui ne soient pas appliquées, mais on ne veut pas non plus que la montagne accouche d'une souris".

La CFDT souhaite que le gouvernement annonce "la création d'une instance nationale chargée de suivre ces questions en permanence", ou "des nouveaux droits sur les troubles psycho-sociaux", mais n'attend "pas de miracle".

A l'UNSA, on ne se fait pas non plus d'illusion. "Ça fait deux ans que les syndicats négocient sur la pénibilité au travail avec le patronat pour rien. Alors on souhaite vivement qu'une conférence tripartite avec l'Etat aboutisse", explique Christine Dupuis, secrétaire nationale à l'UNSA.

Mais elle ajoute: "Ces grandes conférences, par expérience, il n'en est jamais rien ressorti de très révolutionnaire". Deux autres conférences, l'une sur le pouvoir d'achat, l'autre sur les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes, sont prévues les 23 octobre et 12 novembre prochains. 

"AP"





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