Valeo : 200 emplois menacés en Côte-d'Or

Le site de Saint- Apollinaire de l'équipementier automobile risque de fermer ses portes d'ici 2009.

Décidément, le ciel de cette rentrée 2007 est bien noir pour l'économie côte-d'orienne avec des menaces de fermeture, de restructuration ou de suppressions de postes via des plans sociaux qui pèsent sur plusieurs entreprises du département. Au total, ce sont près de 800 emplois directs, mais aussi de très nombreux emplois indirects, qui sont visés, à des degrés divers, par ces menaces. Une situation évidemment très mal vécue par les salariés concernés et leurs familles, les élus locaux et plus globalement tous ceux qui sont attachés aux entreprises locales.
Après ceux des sites d'Amora-Maille dans l'agglomération dijonnaise (451 salariés) et de la Sucrerie de Bourgogne à Aiserey (71 salariés), avant sans doute ceux de Metalis à Genlis (80 salariés) c'est au tour des représentants du personnel de Valeo à Saint Apollinaire d'attirer l'attention des pouvoirs publics et des médias sur l'avenir de leur usine.

Charge de travail réduite
Héritier de l'aventure industrielle Simplex (lire ci-après), le site Valeo est spécialisé dans la fabrication d'antivols de voitures, de serrures et de clés. Il emploie 155 personnes en CDI, mais fait également travailler une cinquantaine de personnes en sous-traitance, dont une quarantaine chez STI à Genlis et une petite dizaine au sein de l'atelier de l'Association des paralysés de France à Chenôve.
Si cela fait plusieurs années que le site Valeo de Saint-Apollinaire défraie la chronique locale, c'est véritablement au début de cette année que la question de l'avenir du site a été réellement posée. Le 15 mars en effet, le groupe équipementier a annoncé que l'usine aurait en 2008 une charge de travail réduite de moitié. Depuis, les salariés essaient en vain d'obtenir des précisions sur ce qu'ils vont devenir.
Le 27 juin, le PDG du groupe Valeo, Thierry Morin annonce en comité de groupe qu'une décision sera prise « avant la fin du mois de septembre ». Mais le 27 septembre en comité central d'entreprise, le nouveau PDG de la branche Valeo Sécurité Habitacle dont dépend l'usine, annonce qu'aucune décision ne sera prise en septembre.

« Pompage » de dividendes
En visite à Dijon le 1er octobre, il explique que le groupe a besoin de plus de temps pour prendre une décision. « En clair, les dirigeants du groupe Valeo n'ont pas le courage d'assumer leurs responsabilités envers les salariés dijonnais », constatent les syndicats de l'entreprise, « ils n'ont rien à faire de leurs états d'âme, pas plus de leur désarroi, voire pire - on a vu ce qui s'est passé chez Renault et PSA - en ce qui concerne des gens plus fragiles ».
Les salariés sont d'autant plus en colère qu'ils dénoncent un « pompage » de dividendes qui durerait selon eux depuis 20 ans. « La moyenne des résultats nets par rapport au chiffre d'affaires est de + 10 % sur 10 ans », précisent-ils en s'interrogeant : « Nos dirigeants veulent-ils pourrir l'ambiance du site et la laisser se dégrader pour mieux justifier l'application de cette décision, qui n'est pas prise mais qu'officieusement tout le monde connaît, et qui indirectement a été annoncée dans des réunions officielles ? »
Les délégués syndicaux espèrent encore que Jacques Schaffnit, PDG de leur branche acceptera de rencontrer le président du Grand Dijon, François Rebsamen, lequel avait demandé en vain une entrevue à son successeur.
Usine en Slovaquie
Réputé peu loquace, voire adepte de l'opacité en ce qui concerne sa stratégie industrielle, le groupe Valeo prendra-t-il en compte la détresse de ses salariés dijonnais ? Ou a-t-il déjà décidé de fermer le site d'ici 2009 et de tirer un trait sur les 200 emplois concernés. Il se murmure que le site de Dijon pourrait faire les frais de la construction, par l'équipementier, d'une nouvelle usine en Slovaquie avec des aides financières européennes. Et que les tergiversations du groupe pour annoncer sa décision finale seraient dues au fait que ce nouveau site n'est pas encore opérationnel.
Quoi qu'il en soit, ce sont les salariés et leurs familles qui craignent d'être victimes de ce mauvais mécano social et industriel.

Frank MAUERHAN - "Le Bien Public"


Entrevue présidentielle. - A l'occasion de la venue à Dijon de Nicolas Sarkozy, le 2 octobre, une délégation Valeo Dijon, composée du secrétaire du Comité d'Etablissement et de l'intersyndicale du site, a été reçue par Sébastien Veil, conseiller pour l'Emploi auprès du président de la République et Dominique Fortéa-Sanz, directeur départemental du Travail. Un dossier concernant la problématique de Valeo Dijon leur a été remis.

Metalis : 35 emplois menacés. - Autre sujet d'inquiétude en Côte-d'Or, la société Metalis pourrait annoncer dès la semaine prochaine 35 suppressions de postes sur les 80 qu'elle compte. Installée dans l'enceinte de Thomson Genlis dans le cadre de la reconversion de ce site industriel sinistré, Metalis est spécialisée dans l'emboutissage. On craint que, lors de la réunion du comité d'entreprise de la semaine prochaine, la direction n'annonce une réduction des effectifs.

Pérennité.
L'impression désagréable d'avoir été floués. tel est le sentiment qui agite depuis mars les salariés de Valeo. En 2003, dernière année d'existence de l'entité Simplex, les 160 salariés du site se sont partagé 450 000 € de participation. Un signe incontestable que leur entreprise était parfaitement rentable. Diluée ensuite au sein du groupe Valeo, la société est devenue l'une des quatre entités de l'une branches de l'équipementier. La participation a alors quasiment disparu, les bénéfices du site dijonnais servant à renflouer le déficit de l'une de ces quatre entités. « En acceptant cette situation, nous avons acheté - et au prix fort ! - au groupe Valeo la pérennité de notre entreprise », expliquait dans nos colonnes le 7 avril dernier Ramiro Grilo, délégué CFDT. Une situation qui pourrait s'apparenter à un vrai détroussage au coin d'un bois si la nouvelle d'une fermeture du site venait à tomber. 

De Simplex à Valeo
Le site actuel de Valeo est l'héritier d'une aventure industrielle qui a démarré à Dijon en 1928. Au départ simple atelier, puis véritable entreprise, la société Simplex est née entre les deux guerres après l'invention par le Dijonnais Lucien Juy, gloire du vélo dans les années 20, d'un changement de vitesse puis d'un dérailleur. Après un rapide développement après 1945, l'entreprise est devenue leader européen du dérailleur. En 1972, elle scinde en deux ses activités de fabrication d'antivols et de dérailleurs et crée Antivols Simplex SA. Installée dans la zone d'activité Nord de l'agglomération dijonnaise au début des années 70, Simplex employait 177 personnes en 1984 et exportait alors 50 % de sa production. La mauvaise santé de l'industrie française du cycle entraîne ensuite des difficultés pour la société qui dépose son bilan en 1985. En redressement judiciaire, après 80 licenciements, Simplex se diversifie vers la fabrication de roues de bicross en plastique. Reprise par un homme d'affaire lyonnais, transférée à Couchey avec 27 salariés, l'entreprise innove encore en inventant le freinage par poignée tournante, baptisée Stop-Run. avant de déposer à nouveau son bilan. Reprise en 1992 par Stratec, la production de dérailleurs s'est définitivement arrêtée le 31 janvier 1994. La société Antivols Simplex a connu elle aussi des fortunes diverses : rachat par Neiman, puis entrée dans le groupe Valeo lorsque celui-ci rachète Neiman en 1987. Elle est depuis, propriété à 100 % de l'équipementier automobile. Mais le nom de Simplex a disparu en 2003 lorsque l'identité juridique de l'entreprise a été diluée au sein de Valeo. 





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