Grèves : syndicats mobilisés, usagers désappointés

Malgré des fissures sur le front syndical, le mouvement du 14 novembre s’annonce dur et suivi.

Le spectre de 1995 n’est pas si loin. Le bras de fer entre gouvernement et syndicats s’intensifie. Malgré les « ultimes propositions » du ministère du Travail les syndicats promettent une semaine sociale agitée, qui devrait paralyser une partie du pays.

La grogne sociale enfle. Plus que deux jours avant le début des grèves. Et aucune accalmie en vue. Le ministre du Travail a refusé d’organiser une réunion tripartite entre le ministère, les syndicats et les entreprises comme le proposait la CGT. Pour Bernard Thibault, secrétaire général, « c’est le blocage ». Le mouvement débutera mardi soir à 20 heures à la SNCF (voir calendrier page 5). La FGAAC (syndicat des conducteurs) se désolidarise de la grève et la CFE-CGC se dit prête à renoncer si la direction de l’entreprise propose des « mesures concrètes » en termes de salaires. Ce syndicat s’est déjà retiré du mouvement à la RATP. Il a en effet entamé des négociations avec l’entreprise francilienne la semaine dernière. La CFDT se dit pour sa part « contrainte » de participer aux mouvements, estimant n’avoir pas eu de réponse à ses propositions. Mercredi, le mouvement devrait donc être très suivi à la SNCF, à la RATP et à EDF-GDF. « Il devrait se prolonger jusqu’à vendredi », selon Jean-Daniel Bigarne, secrétaire général UNSA-Cheminots. Les représentations n’auront pas lieu à l’Opéra de Paris ce jour-là et probablement le 22 novembre. Deux préavis ont été déposés.

68 % des Français contre

Si le conflit s’enlise il pourrait rejoindre le mouvement de la fonction publique, annoncé pour le mardi 20 novembre, rallié par le mouvement étudiant. La mobilisation promet d’être forte et les usagers ne cachent pas leur désappointement : 68 % des Français n’approuvent pas la position des syndicats, et sont opposés à leurs revendications sur les régimes spéciaux et 85 % souhaitent la mise en place d’un service minimum dans les transports. Quelle sera l’issue de cette semaine noire ? Vendredi, Nicolas Sarkozy rappelait qu’ « il avait été élu pour un projet et qu’il ne céderait pas »…  

*Sondage OpinionWay réalisé pour le Figaro Magazine, réalisé les 19 et 20 octobre 2007.

 

La guerre des chiffres


Entre certains syndicats et le ministère du Travail, la guerre des chiffres est déclarée. Chacun avance, grilles de salaires et calendrier en main. Les résultats dissonent. Petit aperçu…

Ministère. Après les « ultimes propositions » du ministre du Travail, voici les grandes lignes de la réforme. Elle sera applicable à partir du 1er juillet 2008. Jusqu’en 2010, il n’y aura aucune décote pour le calcul du montant des retraites. Les deux années suivantes, la décote sera de 0,125 %. Comme pour la fonction publique, la durée de cotisation pour obtenir une retraite complète sera progressivement portée de 37,5 ans à 40 ans. Cette harmonisation sera étalée dans le temps : l’allongement de la durée de cotisation se fera à raison de deux trimestres par an, ce qui permettra d’atteindre les 40 annuités en 2012. Aussi, il est expliqué qu’une durée de cotisation de 40 années n’entraînera aucune diminution du montant des pensions. Enfin, l’évolution du montant des retraites sera désormais indexée sur les prix (et non plus sur les salaires), « pour garantir le pouvoir d’achat des retraités ». Indexation déjà appliquée pour le calcul de toutes les pensions de retraite. Maintenant le ministre demande des négociations inter-entreprises.

CGT, syndicat majoritaire à la SNCF, à la RATP et à EDF-GDF. Paul Fourier, secrétaire général de la fédération transports déplore que la réforme entraîne « une baisse de 20 à 25 % des pensions » estimée à environ 300 € par mois, et reconnaît que les choses bougent concernant la décote. Concernant la durée de cotisation, il estime qu’en 2008, « nous allons vers 41 ou 42 annuités ».
Concernant l’indexation sur les prix, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, explique dans le Journal du dimanche que « la désindexation des retraites sur les salaires fait perdre 20 % de la pension sur vingt-cinq ans ». Enfin, la CGT refuse « d’accepter de travailler plus longtemps pour gagner moins à la retraite ».

Force ouvrière. Trois points essentiels sont « non négociables pour le syndicat » : le passage de 37,5 à 40 puis 41 ans de cotisation en 2013, l’instauration d’un système de décote de 1,25 % par trimestre manquant et enfin, l’alignement des pensions sur l’évolution des prix et non plus sur les salaires, qui empêche toute augmentation du pouvoir d’achat des pensionnés.

UNSA, Union nationale des syndicats autonomes. Pour Jean-Daniel Bigarne, secrétaire général des cheminots Unsa, les dernières propositions du ministre réduisent d’environ 7,5 % la décote contre 30 % avant. « Cette proposition est insuffisante. On a basé notre action sur la suppression de la décote comme l’a proposé le président Nicolas Sarkozy. S’il n’y avait pas de décote il n’y aurait pas de grève ! En revanche, nous acceptons l’allongement à 41 ans, avec des compensations au sein de l’entreprise. »

Etudiants : La colère gronde

Les étudiants se mettent en ordre de bataille pour s’attaquer à la réforme des universités. Elle ne leur convient plus. Bruno Julliard, président du syndicat UNEF, principal interlocuteur de Valérie Pécresse durant le mois de juillet dernier, ne se retrouve plus dans ce projet de loi. Du coup les étudiants profitent du vent de contestation de la fonction publique pour amplifier leur mobilisation et appellent à manifester le 20 novembre au côté des fonctionnaires. D’ici là, il est fort possible que plusieurs opérations coup de poing soient organisées afin de semer le trouble sur la voie publique. Des assemblées générales, organisées dans la majorité des universités, ont voté la grève et le blocage afin d’obtenir l’abrogation de la loi sur l’autonomie des universités et une augmentation des aides sociales et du nombre de logements accordés à la population estudiantine. Une chose est sûre, les étudiants pourront compter sur le soutien des lycéens. Le syndicat étudiant la FIDL appelle les lycéens à rejoindre le mouvement mené par leurs aînés. Hier ils se réunissaient à Rennes pour donner une orientation coordonnée à leur mouvement.





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