Régimes spéciaux: la base fait de la résistance

Poussés par une base très remontée contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, et qui a décidé de s'engager vendredi dans un troisième jour de grève reconductible à la SNCF et à la RATP, les syndicats se lancent dans un bras de fer avec le gouvernement.

Les fédérations de cheminots exigent une réunion tripartite dès vendredi matin, organisée par le ministre du Travail Xavier Bertrand, pour qu'il précise le contenu des négociations à venir. Mais ce dernier leur a répondu dans la soirée sur France-3 qu'"on ne peut pas avoir et la grève et les négociations d'entreprise en même temps".

"Je ne demande pas qu'on ouvre la négociation demain, je demande une réunion de cadrage pour en préciser le contenu, la méthode et le calendrier", a déclaré le secrétaire général de la fédération CGT de cheminots, Didier Le Reste, interrogé sur les propos du ministre.

Le secrétaire général de la fédération CFDT des cheminots, Arnaud Morvan, a pour sa part qualifié la déclaration de M. Bertrand de "provocation". "Qu'il continue la provocation, qu'il continue les conneries comme ça et on va aboutir à un mouvement dur. Ca va décider les indécis", a-t-il déclaré jeudi soir à l'Associated Press.

Les fédérations de cheminots CGT, CFDT, FO, CFTC, UNSA, CGC et Sud ont appelé jeudi soir les assemblées générales de cheminots prévues vendredi matin à reconduire leur grève à la SNCF pour une période de 24 heures, ce qui prolongera le conflit jusqu'à samedi.

Alors que le gouvernement assure toujours que l'instauration d'une décote, le passage à 40 années de cotisation et l'indexation d'une pension sur les prix restent des principes "non négociables", Didier le Reste a précisé jeudi soir aux journalistes à l'issue d'une rencontre intersyndicale que ce n'était "pas la peine d'ouvrir des négociations si on pose des préalables".

Jeudi à la mi-journée, les assemblées générales avaient également voté la poursuite de la grève jusqu'à vendredi soir à la RATP. "Nous estimons que les conditions d'une sortie de conflit ne sont pas réunies. La lettre de Xavier Bertrand est une posture médiatique dans laquelle il n'y a rien. Nous voulons que tous les sujets soient sur la table", déclarait-on jeudi à l'UNSA RATP.

Ce ton, tant chez les cheminots que parmi les salariés des transports parisiens, tranche avec celui des confédérations syndicales, qui ont plutôt bien accueilli la lettre que le ministre du Travail leur avait adressée la veille au soir.

Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, avait même proposé mercredi soir que la grève soit suspendue à la SNCF le temps de la négociation. Il a été imité jeudi par la CFTC.

"On a chacun notre rôle à jouer", a déclaré à l'Associated Press, Arnaud Morvan, avant d'ajouter: "L'implication des gens et le ressenti peut être différent. Quand on n'est pas directement touché par la réforme, on peut être effectivement un peu plus conciliant".

Jeudi, au deuxième jour de la grève, le mouvement a été moins fortement suivi que la veille, avec 42,8% des cheminots mobilisés contre 61,5% mercredi, selon la direction. A la RATP, toujours selon la direction, la grève était suivie jeudi par 27,2% des agents contre 44% la veille. Mais à la SNCF comme dans les transports parisiens, le trafic est resté très fortement perturbé et devait l'être encore vendredi.

"J'appelle à la responsabilité. J'appelle à l'arrêt de la grève, et j'appelle au début des négociations dans les entreprises" a déclaré jeudi François Fillon lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat. "Chacun a fait un pas l'un vers l'autre, et donc maintenant il faut que la négociation commence, parce que cette grève doit s'arrêter", a dit le Premier ministre. 

AP




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