Salaires: pour les syndicats, mai 2008 ne sera pas mai 1968, mais..

Quarante ans après mai 68, rares sont les leaders syndicaux à oser tenter un parallèle entre les revendications salariales de l'époque et celles d'aujourd'hui, car la mondialisation a changé la donne globale. Mais certains prédisent un deuxième trimestre 2008 "chaud".

"Mai 2008 - Mai 1968, c'est un parallèle que je ne peux pas faire": pour le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, qui avait 12 ans en 1968, les situations sont "totalement différentes".

A l'époque, le 27 mai 1968, les accords de Grenelle avaient accouché d'une forte hausse du Smic (alors appelé Smig), après un bras de fer entre les syndicats et le gouvernement, et des manifestations massives de salariés et d'étudiants.

"On ne peut pas comparer", a déclaré M. Chérèque à l'AFP jeudi, dans la manifestation parisienne pour les salaires des fonctionnaires. "En 1968, on était dans les trente glorieuses", sans chômage de masse, "on avait un salariat qui n'était pas le même qu'aujourd'hui, et surtout on n'avait pas la mondialisation".

Même son de cloche chez Alain Olive (Unsa) et Patrick Gonthier (Unsa-Education), héritière de l'ancienne FEN, surnommée en 68 la "forteresse enseignante". Les situations sont "radicalement différentes".

"En 68, on était dans une période de chômage quasiment zéro et d'inflation très forte et où donc les tensions salariales étaient portées par un marché de l'emploi avec un rapport de force favorable aux salariés", explique M. Olive.

Néanmoins "il y a quelque chose de commun, c'est un blocage social avec le gouvernement", relève M. Gonthier, pour qui "le gouvernement serait bien inspiré de retrouver un peu le sens du dialogue".

A leurs côtés, dans le carré de tête de la manifestation, Bernard Thibault (CGT), lointain successeur du Georges Séguy des accords de Grenelle, renchérit: En mai 68, "il n'y a pas eu que des revendications, il y a eu une revalorisation du Smic de 30% !"

"Je comprends qu'il y ait certains responsables politiques qui veuillent effacer, voire disqualifier, la mobilisation de 1968", tonne M. Thibault à l'encontre de Nicolas Sarkozy, dont l'un des derniers discours de campagne électorale, le 3 mai 2007, fut consacré à "dire adieu à l'héritage de Mai 68".

"Mais il est un fait historique, que 10 millions de salariés en grève, ça a pu notamment déboucher sur une augmentation du salaire minimum de 30% et la reconnaissance du fait syndical dans l'entreprise", dit-il.

Pour la CGT, qui porte actuellement avec d'autres des revendications salariales dans le public et le privé, il ne s'agit "pas" de recommencer. Mais cette expérience "témoigne que si des salariés se mobilisent, ils ont un pouvoir d'influence sur leur propre situation sociale", dit M. Thibault.

"L'histoire ne repasse jamais les mêmes plats" constate pour sa part Jean-Claude Mailly, le secrétaire-général de FO.

"Au delà du quarantième anniversaire de mai 68, ce qu'on peut prédire, c'est un deuxième trimestre 2008 difficile au plan social, dans la limite où pas mal de dossiers sont renvoyés après les municipales: les retraites, l'assurance maladie, la formation professionnelle", ajoute-t-il.

M. Mailly dit "craindre que dans ce trimestre entre les municipales et le 1er juillet, date où la France prend la présidence de l'Union européenne, le gouvernement serre la vis sur le plan économique ou budgétaire pour montrer aux autres pays européens qu'il est +bon élève+".

"Il se trouve que le mois de mai tombe là, et je ne fais pas de lien de cause à effet. Mais en tout état de cause, il peut y avoir un deuxième trimestre chaud".

(Avec AFP)




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