SNCF: grève reconductible à partir de 20H00 mais seuls trois syndicats engagés
Les deux premiers syndicats de la SNCF, CGT et Sud-Rail, ainsi que FO, ont lancé des préavis de grève reconductibles à partir de lundi 20H00 contre la réorganisation du fret, sur fond de division entre deux fronts syndicaux et d'incertitude sur les intentions de la direction.
Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT-cheminots, le premier syndicat, a déjà regretté que "les conditions ne soient pas réunies pour une mobilisation d'ampleur". Son prolongement jusqu'au 17 juin, journée d'action interprofessionnelle sur les retraites et le temps de travail à l'appel des confédérations CGT et CFDT, est incertain.
Néanmoins, le trafic sera perturbé mardi, a indiqué la SNCF dimanche, surtout sur les lignes Corail (un train sur deux) et Transilien (un sur deux). Les TGV devraient fonctionner normalement, sauf le TGV Atlantique (3 sur 4), sud-est (3 sur 4), et province-province (1 sur 2).
Les préavis de la CGT et de FO (6e syndicat) couvrent les seuls cheminots de la traction (conduite) et de l'exploitation (circulation et gestion des trafics), ceux susceptibles de perturber le plus le trafic.
Le préavis de Sud-Rail concerne lui "tous les personnels de la SNCF", qui doivent se sentir concernés, selon le syndicat, par les menaces de "démantèlement de l'entreprise".
CGT-cheminots, Sud-Rail et FO, qui représentent 62% du personnel SNCF, ont concentré la grève sur la question du fret (transport de marchandises), en arrière-plan ces derniers mois de plusieurs mobilisations.
Ils contestent les choix industriels de la direction, qui, selon eux, "abandonne sciemment" des trafics et ne répond pas aux enjeux du Grenelle de l'environnement. La SNCF a lancé en 2007 un énième plan de redressement du transport de marchandises, axé sur les flux importants.
Surtout, les syndicats s'insurgent contre ses conséquences sociales, notamment sur la réglementation du travail (heures de travail, conduite de nuit, repos...) que la direction veut assouplir pour faire face aux concurrents privés.
Ils alertent sur les dangers pour la sécurité et les 6.000 suppressions d'emplois redoutées d'ici fin 2010 sur les quelque 20.000 actuellement dans la branche fret.
La création d'une "famille fret" aux conditions sociales spécifiques est considérée comme le "cheval de Troie", selon le mot de la CGT, avant un "éclatement" de la SNCF, en dépit des assurances de la direction.
Tous les syndicats de l'entreprise publique nourrissent ces craintes mais quatre d'entre eux (Unsa, CFDT, CFTC, Fgaac), de tendance réformiste, estiment avoir obtenu suffisamment de garanties pour ne pas engager une grève coûteuse.
Le directeur des Ressources humaines François Nogué leur a certifié que la réglementation du travail "reste en l'état tant que nous ne reprendrons pas un cycle de négociations dans des conditions plus favorables".
Le président de la SNCF Guillaume Pepy avait surpris les syndicats en leur annonçant le 23 mai qu'il ne voulait pas aller "à l'épreuve de force", puis en annulant une ultime table ronde de négociations.
Dimanche, le secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau a estimé sur France Inter que cette grève "tombe mal à une période où le carburant est cher et où on a besoin d'utiliser d'autres moyens de transport alternatifs".
"Cela tombe mal parce qu'on a, dans l'esprit du Grenelle de l'environnement, la volonté de développer beaucoup le transport de fret et que chaque fois que la SNCF ne circule pas, ce sont les entreprises privées (...) qui prennent des parts de marché", a-t-il fait valoir.
AFP
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