Alain Olive : «On assiste à une crise profonde de la demande»
Alain Olive est interviewé dans Good Morning Business le 29 janvier 2009.
Stéphane Soumier : Quel est le but de cette grève aujourd'hui?
Alain Olive : Le but c'est que les salariés soient des acteurs du scénario qui est en train de s'écrire. On a une crise financière, bancaire, économique, on va tout droit vers une crise sociale. Il n'est donc quand même pas anormal que les organisations syndicales qui représentent les salariés veuillent être partie prenante des solutions à apporter à cette crise.
Ça passe par la manifestation ?
Il y a des cultures différentes selon les pays, vous savez bien que nous sommes dans un pays où la manifestation est une forme de culture sociale et ça passe effectivement par des mobilisations qui vont se faire sous forme de manifestations.
Vous comprenez que l'on peut trouver quelque chose de dérisoire dans le fait de défiler contre la crise? Il y a quelque chose que l'on ne comprend pas, ça fait un peu «défilé contre le froid»...
Non, je pense que vous avez tort de penser ça, même si certains de vos auditeurs partagent ce que vous dites, parce que pour la première fois depuis très longtemps, toutes les organisations syndicales se sont mises d'accord sur une déclaration commune faite de propositions. On critique souvent les organisations syndicales parce qu'elles agissent contre et qu'elles n'ont rien à proposer. Aujourd'hui, autour d'une plate-forme commune, sur l'emploi, le pouvoir d'achat, nous avons une série de propositions.
On peut résumer certaines de ces propositions ?
Oui, par exemple, on voit que le plan de relance est encore calqué sur une politique de l'offre, mais il n'y a quasiment rien sur la demande. Or, ce n'est pas moi qui le dis, mais à écouter par exemple Olivier Blanchard, le chef de l'économie du FMI, on assiste à une crise profonde de la demande. Est-ce qu'il ne faudrait donc pas traiter la demande? C'est une question. Deuxième question, est-ce qu'il est toujours pertinent de défiscaliser les heures supplémentaires alors que ce qui nous guette c'est une montée importante du chômage, avec les intérimaires, des gens en CDD qui vont se retrouver sans emploi? Est-ce qu'il ne faudrait pas, par exemple, mieux indemniser le chômage partiel? Voila des sujets concrets sur lesquels nous devrions pouvoir discuter, à la fois avec le gouvernement et à la fois avec le patronat. Ce sont vraiment des mesures très concrètes, ce n'est pas de la logorrhée syndicale comme on le pense trop souvent dans certains milieux.
C'est notre culture profonde qui amène à la nécessité de créer cette sorte de rapport de force pour que ces questions soient posées ?
Bien sûr. Nous sommes face à une crise dont la profondeur et l'importance sont inédites. En tant qu'organisations syndicales, nous avons à gérer le temps, nous avons à gérer cette crise. Il est facile de se mobiliser contre le CPE, contre les retraites, mais là, nous avons un défit inédit: comment gérer le temps, comment gérer cette crise, en restant, en ce qui nous concerne, nous l'Unsa, dans un scénario de propositions, parce que nous sommes une organisation réformiste. C'est un vrai défi qui est posé à tout le monde, à tout mouvement syndical français.
A quoi vous mesurerez le succès ou l'échec ?
Je crois que ce matin, on peut dire que c'est déjà un succès, vu les mobilisations que nous enregistrons à Paris, et ce qui nous revient des régions. Vous verrez que cet après-midi il y aura énormément de monde dans les défilés. Ça va toucher à la fois bien sûr une partie du secteur public, mais aussi le privé et c'est assez exceptionnel pour le souligner. Nous sommes vraiment dans un souci de dialogue.
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