Au CES, une large majorité se dessine pour réformer la représentativité syndicale
Le Conseil économique et social devrait adopter aujourd'hui l'avis sur la représentativité des syndicats et du patronat demandé par le Premier ministre, Dominique de Villepin. Le Medef, les professions libérales, Force ouvrière, la CFTC et la CGC voteront contre.
L'affrontement a bien eu lieu, mais le Conseil économique et social (CES) n'est pas l'Assemblée nationale. Il n'y a eu ni éclats de voix ni sifflets hier, lors de la discussion du projet d'avis, très polémique, sur la représentativité. Tout au plus a-t-on entendu quelques murmures lors de l'intervention de Force ouvrière, lorsque Marie-Suzie Pungier a accusé implicitement le président du CES, Jacques Dermagne, d'avoir procédé à la hussarde, en pratiquant une forme de « 49-3 social » lors de la préparation du projet d'avis.
Risque de « radicalisation »
Comme la CFTC et la CGC, les deux autres confédérations qui voteront contre la réforme proposée, FO aurait beaucoup à perdre à la disparition de la notion de « présomption irréfragable » de représentativité dont toutes trois bénéficient, avec la CGT et la CFDT... et à son remplacement par une mesure d'audience électorale auprès des salariés. Mais, comme elles, elle s'est attachée à démontrer que son hostilité ne tenait en rien à des intérêts de boutique, se faisant à cette occasion le chantre du syndicalisme d'adhérents, malgré la faiblesse de leurs troupes.
Par la voix de Denis Gautier-Sauvagnac, le Medef a lui aussi expliqué qu'opter pour l'élection signifiait « abandonner la voie d'un syndicalisme d'adhésion pour un syndicalisme de représentation ». Il a aussi agité le risque d'une « radicalisation des comportements » et d'un « blocage de la négociation collective ». Comme les autres opposants à la réforme, il a cherché à convaincre qu'il n'était pas pour autant partisan de l'immobilisme, dénonçant un avis « prématuré », là où la CFDT salue « une réforme ambitieuse » et la CGT « une nouvelle ère dans les relations sociales ».
Des hommages appuyés
Dans l'hémicycle du palais d'Iéna, chacun a pu confirmer que la messe était dite. Accumulation des hommages appuyés, en tribune, au travail des rapporteurs et à celui de Jacques Dermagne, succession des annonces de votes positifs (11 groupes, dont la CFDT, la CGT, l'UNSA, l'artisanat, plus une partie des entreprises publiques)... Il n'y a plus de doute sur les résultats du vote qui interviendra cet après-midi. Ne voteront contre que les entreprises privées, les professions libérales, FO, la CFTC, la CGC et, peut-être, l'agriculture.
L. DE C. "Les échos"