Les inégalités au travail entre les hommes et les femmes s'ancrent dans la sphère familiale

 

Dans une série d'études publiées hier, l'Insee montre que les écarts salariaux entre hommes et femmes ont cessé de se réduire.

De l'enfance à la retraite en passant par la carrière professionnelle : à toutes les étapes de leur vie, les femmes continuent d'être traitées différemment des hommes, même si les inégalités ont tendance à s'estomper. Publiée aujourd'hui, une série d'études de l'Insee décortique ce phénomène en insistant sur la manière dont les stéréotypes s'ancrent dans la sphère familiale (*). Les progrès qui pourraient découler de la participation croissante des femmes au marché du travail et de l'élévation de leur niveau d'éducation butent sur la « reproduction des rôles sociaux sexués » inscrite dans les esprits « dès le plus jeune âge ». Les jeunes filles sont, par exemple, moins suivies que les garçons lors du contrôle des devoirs. Concernant l'orientation scolaire, les filières les plus « rentables », c'est-à-dire celles offrant le plus de débouchés, sont plus souvent choisies pour les garçons.

Cercle vicieux

A l'issue des études, non seulement les jeunes femmes mettent plus de temps à trouver un emploi, mais aussi elles occupent des postes plus précaires : le travail partiel touche près de 30 % des salariées, ce qui a un impact à la fois sur les niveaux de rémunération et de retraite. Si les écarts en matière de pensions se réduisent, ceux liés aux salaires restent forts : ils atteignent globalement 25 %. A formation, expérience, qualification, durée du travail, secteur d'activité et fonction identiques, le différentiel est de 7 %.

Comment expliquer la « panne » observée depuis 1990 dans la réduction des inégalités ? Par l'extension du temps partiel et la plus grande ségrégation sectorielle. Soulignant cette « rigidité » du marché du travail, Michel Glaude, directeur des statistiques sociales d'Eurostat, forme l'hypothèse d'un « cercle vicieux qui, fondé sur un moindre investissement supposé des femmes dans le monde du travail, conduit les employeurs à leur confier moins de responsabilités professionnelles, ce qui les inciteraient à se replier d'autant sur la sphère domestique (...) justifiant a posteriori les anticipations des employeurs ». Pour le statisticien, seules des interventions publiques (imposer un congé de paternité, augmenter l'offre de garde, etc.) permettraient de sortir de l'impasse.

CA. F. - "Les Echos"

 

 

Publicité
Tag(s) : #La revue de presse