Les membres du conseil général des jeunes ont poursuivi hier leurs travaux, au cours d'une session riche en rencontres et en projets. Une véritable leçon de citoyenneté.
Les conseillers généraux juniors de la Côte-d'Or se sont donné un grand projet : organiser à la fin de leur mandature, soit en mai-juin 2008, une manifestation sportive d'envergure contre le racisme et les discriminations.
Hier, après les débats du matin (voir ci-dessous) menés dans une ambiance - étonnante pour des conseillers aussi jeunes (ils sont élèves de 4e et 5e) - de respect, d'écoute de l'autre, de réelle volonté de construire, ils rencontraient des sportifs de haut niveau, pour une véritable et réjouissante leçon de citoyenneté, à partir de questions qu'ils avaient préparées. Un groupe avait rendez-vous au palais des Sports avec les handballeuses du CDB (voir ci-dessous), l'autre au stade des Poussots avec les footballeurs professionnels du DFCO, en l'occurrence les défenseurs Stéphane Grégoire, « le plus vieux professionnel français », ancien joueur de Ligue 1 à Ajaccio et Rennes, et le jeune Jordan Loties, tout juste issu du centre de formation de Clermont-Ferrand.
Petit jeu de questions (frontales)-réponses (franches), parfois décapant :
Conseillers généraux juniors : « Votre sport est-il touché par le racisme ? »
Stéphane Grégoire : « Entre joueurs, cela se passe très bien. Mais dans les tribunes, on voit beaucoup de gestes racistes. Il n'y en a pas au sein des clubs. C'est dans les gradins. Et encore, en France, nous ne sommes pas les plus touchés. En Italie, c'est bien pire. »
Jordan Loties : « Je suis touché par le racisme, très directement. Je l'ai vécu difficilement cette saison en Corse. Lorsque l'on entend des cris de singe durant tout un match, ça ne fait vraiment pas plaisir. Je me sens touché, oui, touché. »
CGJ : « Est-ce que c'est lié au football ? »
Stéphane Grégoire : « Franchement, est-ce lié au foot ou à la société ? Ce n'est pas le football qui a créé ça. Il va falloir que la fédération fasse en sorte d'éviter ça. Car nous, joueurs, sur le terrain, nous ne pouvons pas faire grand-chose. »
CGJ : « Sur le terrain, est-ce qu'on entend ce que crient les spectateurs depuis les tribunes ? »
Stéphane Grégoire : « Oh oui ! On entend des insultes, c'est parfois dur, on a envie de sortir du terrain. On a des réactions humaines. Mais nous sommes des joueurs pros, et notre façon de réagir doit être professionnelle. »
Jordan Loties : « A Dijon, le public est un peu loin du terrain à cause de la piste d'athlétisme qui l'entoure. Mais il y a des stades où l'on entend très bien. »
Stéphane Grégoire : « Ce qu'il faut dire aussi, c'est que quand il y a 45 000 personnes dans un stade qui vous poussent, ça donne des ailes. Vraiment. Ce sont des moments exceptionnels. Tout disparait, la fatigue, les hésitations. On est porté, personne ne peut nous arrêter. C'est le meilleur et le plus formidable des dopages, et c'est le seul qui soit autorisé ! »
CGJ : « Comment faites-vous pour intégrer des étrangers dans l'équipe ? »
Frédéric Joly (secrétaire général du DFCO) : « Nous avons un réseau de recruteurs. Cela marche beaucoup par réseaux, par connaissances. »
Jordan Loties : « C'est difficile de s'intégrer quand on est étranger, parce que bien souvent on ne parle pas la langue. Alors on essaye de discuter avec les joueurs qui arrivent, de leur apprendre quelques mots, puis quelques phrases, de leur faire découvrir la ville, la vie ici. »
Stéphane Grégoire : « Dans notre équipe, on trouve un Urugayen, un Sénagalais, un Congolais, un Nigérian etc... on est habitué. Et puis, on parle tous la même langue : la langue du football est universelle. Si vous voulez que l'on évoque les problèmes de discrimination et de racisme, je peux vous dire que sur une carrière, on côtoie le monde entier. Si on n'accepte pas cela, si on n'accepte pas les autres et leurs différences, ça n'est même pas la peine d'être joueur professionnel. »
Comme un fait exprès, survient le joueur nigérian Solomon Abwo, qui sort de chez le coiffeur et vient de se faire teindre en blond, ce qui fait rire ses coéquipiers. Le Nigérian embrasse chaque jeune fille du conseil général, serre la main de chaque garçon, et soudain naît un dialogue, en anglais. Il s'est véritablement passé quelque chose, hier après-midi, au stade des Poussots.
Gilles DUPONT - "Le Bien Public"
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