Les syndicats inquiets pour le dialogue social, le Medef enthousiaste
Au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, les syndicats de salariés ont salué la forte participation comme un succès de la démocratie, et mis en garde le président élu contre toute volonté de passer en force sur des sujets sensibles. Au nom de "l'indépendance syndicale", les confédérations n'avaient pas pris parti pendant la campagne (la CGT ayant cependant mis en garde contre la "vision ultra-libérale" d'un des candidats sans le nommer) mais une certaine inquiétude pointait, lundi 7 mai, dans leurs déclarations autour des conditions du dialogue social.
Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, a indiqué que M. Sarkozy serait jugé "sur les actes". "Pendant la campagne électorale, Force ouvrière a mis en garde contre certaines annonces (droit de grève, service minimum, heures supplémentaires, fusion Unedic-ANPE, services publics)", a expliqué FO dans un communiqué. "Toute précipitation ou passage en force générerait des effets boomerang et fragiliserait fortement le dialogue social".
Pour la CGT, "la démocratie ne se réduit pas à l'expression citoyenne à l'occasion d'une élection" et implique "que les grandes décisions économiques et sociales soient soumises à concertation et négociation". "Ainsi la démocratie sociale doit tenir toute sa place, avec une légitimité reconnue, appuyée sur le droit et les libertés syndicales", souligne le syndicat.
"LE TEMPS DE LA NÉGOCIATION N'EST JAMAIS DU TEMPS PERDU"
"La méthode que choisira le chef de l'Etat pour impulser les réformes" sera "déterminante", a pour sa part souligné la CFDT, insistant sur "la négociation" et le "respect des partenaires sociaux". "Pour atteindre les objectifs de plein emploi, d'amélioration des rémunérations et des conditions de travail, de cohésion sociale, il faudra plus qu'une série de recettes", prévient la confédération.
L'UNSA (syndicats autonomes) a invité Nicolas Sarkozy à "prendre le temps de la négociation (...) sur tous les sujets sociaux", tout en estimant qu'un "modèle social réformé" était "un atout pour notre pays dans la compétition mondiale". Evoquant la nécessité d'une "éthique de la discussion" entre le nouveau pouvoir et les partenaires sociaux, l'UNSA déclare que "dans le domaine social", le "temps de la négociation n'est jamais du temps perdu".
Annick Coupé, porte-parole de Solidaires (dont fait partie SUD), a pour sa part déclaré dimanche que son syndicat sera "extrêmement attentif et vigilant" à la défense du CDI, des 35 heures et du droit de grève, attendant de voir la manière dont le candidat "mettra ou non en œuvre un certain nombre de choses qu'il a dites pendant cette campagne ".
Les syndicats restent échaudés par l'attitude du gouvernement Villepin, qui avait imposé le nouveau contrat CPE avant de reculer face aux manifestations. La loi de "modernisation du dialogue social" adoptée en janvier impose désormais aux pouvoirs publics une concertation avec les partenaires sociaux avant toute réforme concernant les relations du travail. Une loi que le candidat Sarkozy s'est engagé à respecter, lors d'une entrevue avec le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, en mars. La mise en place d'un service minimum dans les transports en cas de grève pourrait servir de test dès la fin de cette année, les grands syndicats faisant un casus belli de l'imposition d'une loi en la matière.
Les organisations patronales ont chaudement félicité Nicolas Sarkozy pour son élection. Si elles ne soutenaient officiellement aucun candidat à la présidentielle, ces organisations n'avaient pas dissimulé que le programme économique de M. Sarkozy était plus conforme à leurs souhaits que les propositions de la candidate socialiste. Dès dimanche soir, le Medef a promis de "contribuer avec responsabilité et enthousiasme à l'écriture de la nouvelle page qui s'ouvre pour la France". La présidente de l'organisation patronale, Laurence Parisot, s'est réjouie que les questions économiques et sociales aient été placées au cœur du débat et a formulé des vœux de réussite au gouvernement pour que la France "retrouve le chemin d'une croissance forte et pérenne au service du plein emploi et du désendettement".
Lundi, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) a salué la volonté du président élu de "valoriser le travail" en rompant avec l'assistanat. Se disant elle aussi "prête à œuvrer en faveur du changement", la CGPME a espéré "que se concrétisent rapidement les mesures fiscales et sociales annoncées, en particulier celles ayant trait au temps de travail et à la baisse des charges sociales".
Lors de sa campagne, Nicolas Sarkozy s'est notamment engagé à supprimer les charges sociales et impôts sur les heures supplémentaires, manière d'inciter les salariés à "travailler plus" sans remettre directement en cause la législation sur le temps de travail. Cette mesure phare de son programme devrait être l'une des premières mises en œuvre par le nouveau gouvernement.
"Le Monde"
/image%2F1178704%2F20180404%2Fob_6b8164_nouveau-logo-cd21.jpg)