Areva, EADS, Gaz de France en attente de décisions politiques

 

Le candidat Nicolas Sarkozy s'est engagé sur plusieurs dossiers industriels. Sur certains d'entre eux, le prochain chef de l'Etat devra clarifier ses intentions rapidement.

Areva. Le nouveau président de la République devra s'intéresser très vite au leader mondial de l'industrie nucléaire. Ne serait-ce que parce qu'il pourrait envisager de faire entrer au gouvernement Anne Lauvergeon, PDG d'Areva et ancienne conseillère de François Mitterrand à l'Elysée.

Nicolas Sarkozy devra aussi décider dans de brefs délais si Areva peut surenchérir sur le groupe indien Suzlon pour racheter le fabricant allemand d'éoliennes, REpower. Le ministre de l'Economie, Thierry Breton, persuadé de l'existence d'une bulle spéculative dans ce secteur, a empêché l'entreprise publique d'aller au-delà des 140 euros par action qu'elle proposait. Suzlon offre 150 euros par action, ce qui valorise REpower à 1,2 milliard d'euros. Areva a jusqu'au 24 mai pour augmenter les enchères.

A plus longue échéance, le nouveau président de la République devra décider de l'avenir d'Areva. En question : l'ouverture de son capital – que souhaite Anne Lauvergeon et à laquelle le candidat Sarkozy était favorable – et sa configuration future. Faut-il que le groupe soit présent sur toute la filière nucléaire (de l'extraction de l'uranium jusqu'au retraitement des déchets en passant par la construction de réacteurs nucléaires), comme il a été conçu en 2001 ? Ou faut-il le démanteler en deux grands pôles : construction de réacteurs d'un côté, fabrication de combustibles et retraitement des déchets de l'autre ? Nicolas Sarkozy ne manquera pas de consulter son ami Martin Bouygues sur le sujet : son groupe de BTP a racheté les 21 % que l'Etat détenait dans Alstom et entend participer à la recomposition de l'industrie nucléaire française. Patrick Kron, le PDG d'Alstom, prône un rapprochement entre son groupe, qui fabrique des turbines pour les centrales nucléaires, l'activité de construction de réacteurs d'Areva, et Bouygues, présent dans la réalisation de bâtiments de centrales.

EADS. Là aussi, le président Sarkozy devra aller vite et traiter avec l'un de ses intimes, Arnaud Lagardère, dont le groupe possède 15 % d'EADS (autant que l'Etat). Plombé par les difficultés d'Airbus et les retards de l'A380, l'avion géant, le groupe franco-allemand tente d'imposer un plan de redressement (Power 8) de 10 000 suppressions d'emplois dans le monde, et de supprimer les primes des salariés. Dans le même temps, l'ancien PDG Noël Forgeard a quitté le groupe avec 8,5 millions d'euros d'indemnités et les actionnaires se sont votés un dividende de 19 millions.

Le candidat Sarkozy avait affirmé qu'EADS ne peut pas verser de dividendes dans un tel contexte, et annoncé une loi contre les parachutes dorés dès l'été. Il avait dit aussi que le plan Power 8 n'était "pas figé". Et que la répartition équitable des efforts demandés aux différents pays – sous pression allemande – ne se justifiait pas forcément. Il compte d'ailleurs renégocier les conditions de la collaboration entre Français et Allemands au sein d'EADS. Et remettre à plat son actionnariat. Un face-à-face attendu avec Angela Merkel…

Gaz de France.
Depuis la décision du Conseil constitutionnel de reporter le mariage entre Gaz de France (GDF) et Suez après le 1er juillet 2007, date de la libéralisation totale du marché de l'énergie, le projet est au point mort. "Nous sommes déterminés à mener ce projet à son terme. Il appartient maintenant à l'Etat français, en tant qu'actionnaire majoritaire de Gaz de France, de faire connaître sa position sur ce rapprochement dont la logique industrielle est forte de sens", a déclaré Gérard Mestrallet, le PDG de Suez, au lendemain de l'élection présidentielle.

Le préalable à la relance de cette fusion passe par la privatisation de GDF, votée par les parlementaires à l'automne 2006 mais dont le décret n'a pas été publié. Lorsqu'il était ministre de l'Economie, en 2004, Nicolas Sarkozy s'était engagé à ce que la participation de l'Etat dans l'entreprise publique ne descende pas sous la barre des 70 %. Si tant est qu'il revienne sur cette promesse, la fusion GDF-Suez ne sera pas pour autant acquise. Encore faudra-t-il que les entreprises s'accordent sur les conditions du mariage, alors que l'action Suez s'est envolée ces derniers mois et que le groupe vaut désormais bien plus que GDF en Bourse. Nicolas Sarkozy a évoqué, durant la campagne, un rapprochement de GDF avec la Sonatrach, la compagnie nationale algérienne des hydrocarbures. Gérard Mestrallet souligne aujourd'hui "les bonnes relations" de son entreprise avec la Sonatrach et estime qu'elles pourraient "très bien s'intensifier". Les deux groupes ont programmé leurs assemblées générales pour la fin du mois de juin. Juste après les législatives…


Virginie Malingree - "Le Monde"
Publicité
Tag(s) : #La revue de presse