Les classes moyennes tirées vers le bas, les plus riches vers le haut
 
Autrefois symbole d'homogénéisation et d'ascension sociale, les classes moyennes, aujourd'hui « à la dérive », selon l'expression du sociologue Louis Chauvel, traverseraient une passe d'autant plus difficile qu'elles continueraient de contribuer largement au financement du système de redistribution. C'est cette problématique que le Centre d'analyses stratégique (CAS, ex-Plan) a débattue, hier, à l'occasion d'un colloque organisé à Paris. Ouvrant les travaux, Virginie Gimbert, chargée de mission au CAS, a posé le débat : les classes moyennes font figure de « perdants (...) car elles contribuent le plus par le travail et par l'impôt et en bénéficient le moins ». Selon elle, la situation française est caractérisée « grosso modo » par une courbe dite en « U » : « Les gains les plus importants liés au fait d'avoir deux enfants concernent les ménages les plus pauvres et les ménages les plus aisés », tandis que les groupes intermédiaires bénéficient « des gains plus faibles ».
Catégorie « dont on ne sort pas »

Au-delà des discussions infinies sur la délimitation de ce groupe social (de 40 à... 80 % de la population selon les interprétations, soit entre de 750 et 2.360 euros de revenus mensuels dans l
'hypothèse la plus large), Camille Landais, économiste de l'Ecole d'économie de Paris, a résumé la situation : au cours des trente dernières années, les politiques de transferts sociaux ont rapproché les bas revenus des revenus médians. La fiscalité des revenus et du patrimoine a, quant à elle, concentré ses effets sur les couches supérieures. Ces deux phénomènes ont « contribué à créer l'espace symbolique » des classes moyennes, qui pourrait être plus justement défini comme cette catégorie « dont on ne sort pas », selon l'économiste.
En révélant des données inédites, Régis Bigot, directeur adjoint du département conditions de vie et aspirations des Français du Crédoc, a redonné sa place à la manière dont chacun perçoit son propre état. Alors qu'entre deux tiers et trois quarts des sondés s'identifient spontanément aux classes moyennes, les nouveaux résultats de l'enquête du Crédoc (*) confirment le malaise d'une population qui, par exemple, a plus « peur du chômage » que les personnes situées en dessous sur l'échelle des revenus. Elle confirme également le creusement des inégalités en matière d'accès à la propriété, de patrimoine, de niveau de vie et d'état de santé.
Globalement, les classes moyennes se détacheraient du groupe des hauts revenus pour ressembler davantage à celui des bas revenus. Ce mouvement s'expliquerait moins par un déclin réel que par une dégradation relative par rapport aux plus riches qui, eux, « décrocheraient » vers le haut. C'est ce dont témoigne l'enquête : quand 80 % des Français déclarent depuis plus de vingt ans s'imposer un fort niveau de restrictions sur leur budget, les 20 % les plus aisés ressentent à l'inverse de moins en moins de pression financière ; quand 80 % des Français voient leur niveau de vie se dégrader, les mêmes 20 % estiment que leurs affaires s'améliorent.

"Les Echos"




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