Fonctionnaires: ultime négociation sur les salaires, Woerth refuse de parler de rigueur
Syndicats et ministres de la fonction publique se retrouvent lundi pour une séance de négociation "conclusive" sur la délicate question des salaires, alors que le désaccord persiste entre les deux camps sur la façon de mesurer le pouvoir d'achat des 5,2 millions de fonctionnaires.
Le ministre du Budget et de la Fonction publique Eric Woerth s'est défendu lundi de tenir un "discours de rigueur" aux fonctionnaires, affirmant disposer de marges de négociation, quelques heures avant la réunion de négociation.
"Je ne tiens pas un discours de rigueur mais de responsabilité. Les gains de productivité obtenus grâce au non-remplacement d'un départ à la retraite sur trois en 2008, soit 225 millions d'euros (...) permettront de financer des contreparties salariales", a-t-il déclaré au quotidien Le Monde daté de mardi.
Le ministre a affirmé qu'il disposait "bien sûr" de marges de négociation.
Les caisses "sont vides et les syndicalistes le savent très bien", avait pourtant déclaré lundi le secrétaire d'Etat à la Fonction publique André Santini à quelques heures de l'ouverture d'une négociation sur la revalorisation des salaires des fonctionnaires.
"Nous discutons depuis très longtemps dans un climat apaisé, nous respectons notre interlocuteur, chacun défend sa position. Les caisses sont vides (...) et les syndicalistes le savent très bien", a déclaré sur France 2, M. Santini.
M. Santini a repris le journaliste qui rappelait la hausse proposée de 0,5% du point d'indice, pour 1,6% d'inflation attendue cette année : "Vous êtes bon pour la provocation, vous avez bien brossé les slogans", a-t-il dit. "Ce qui a été proposé c'est une augmentation de 3,7%, évidemment dans ces 3,7%, il y a les 0,5% du traitement indiciaire", a-t-il ajouté, en estimant: "3,7%, c'est largement au niveau du privé".
"3,7%, c'est la masse salariale, pas la progression du pouvoir d'achat, ce n'est pas du tout la même chose", souligne Charles Bonissol (CFE-CGC), pour qui "la valeur du point est la mesure la plus équitable".
"Si on va aux négociations, on imagine bien que c'est parce qu'il y a quelque chose à négocier, sinon on en tirera évidemment les conséquences", prévient pour sa part Brigitte Jumel (CFDT).
Eric Woerth avait présenté le 5 février des propositions sur les salaires, réparties en cinq volets, devant servir de base à un cycle de négociations. Il les a ajustées au cours du week-end dans un nouveau "relevé de conclusions".
Parmi elles, une augmentation du point d'indice (base de calcul aux traitements) de 0,5% au 1er mars, soit une dépense de 354 millions d'euros sur le budget de l'Etat. Le fonctionnaire du bas de l'échelle (catégorie C) gagnerait, lui, environ sept euros de plus par mois.
Une proposition que les syndicats ont jugée "inacceptable", même pour une entrée en négociation, au regard de l'inflation évaluée à 1,6% par le gouvernement en 2008
Les propositions salariales de M. Woerth incluent ainsi des mesures liées à l'ancienneté, mais aussi des mesures catégorielles pour un montant de 403 millions d'euros, dont 225 au titre des gains générés par le non remplacement d'un agent sur trois partant à la retraite en 2008. S'y ajoutent la majoration des heures supplémentaires, la monétisation des comptes épargne temps, des mesures sociales (aides au logement, restauration) ou encore une nouvelle "garantie individuelle du pouvoir d'achat".
Ce mécanisme avait été présenté par M. Woerth en décembre, lors d'une première séance de négociation qui avait fortement déçu les syndicats. Dans la foulée, toutes les fédérations - sauf la CFE-CGC - déjà exaspérées par les 22.900 suppressions de poste prévues en 2008, avaient appelé à la grève pour les salaires et l'emploi le 24 janvier, mobilisant un agent de l'Etat sur quatre.
(Avec AFP)
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