Alain Olive, UNSA : "On demande à des organisations d'être juge et partie !"
Vous êtes secrétaire général de l'UNSA, la sixième organisation syndicale en importance. Pensez-vous qu'un accord soit possible sur la réforme des règles de la représentativité et du dialogue social entre les cinq confédérations et le patronat ?
On assiste à un jeu de poker menteur. Pour la CFDT et la CGT, il s'agit d'une négociation sur la représentativité autant que sur la recomposition syndicale. Elles veulent simplifier le paysage autour d'elles. Je ne suis pas opposé à une discussion sur la recomposition syndicale, mais si elle porte sur les programmes, les orientations de chacun. FO, la CFTC et la CFE-CGC essayent de conserver leurs positions. Chacune va juger de la représentativité à l'aune de son implantation. Je crains que, si accord il y a, ce soit une usine à gaz protégeant des intérêts divergents. On demande à des organisations de se pencher sur leur propre représentativité, d'être juge et partie ! C'est hallucinant.
Faut-il augmenter le nombre de syndicats représentatifs en France - cinq -, la palette la plus large d'Europe ?
Rien n'est choquant si c'est décidé par les salariés. On pourrait même concevoir, pour simplifier le paysage syndical, d'être tous dans une même organisation ! On peut en discuter, mais pas à l'occasion d'un charcutage électoral. Le système actuel n'est pas démocratique, que ce soit pour nous ou pour Solidaires. Il ne s'agit pas de multiplier les syndicats mais de représenter démocratiquement les salariés.
Les résultats électoraux sont-ils des critères de représentativité ? Selon quel seuil ?
L'UNSA est favorable à ce que l'élection prud'homale soit le critère électoral, puisqu'elle concerne plus de salariés (plus de 16 millions) que les élections aux comités d'entreprise (5,5 millions). Je plaide pour un seuil de 5 %, qui pourrait augmenter d'une élection à l'autre.
L'UNSA deviendrait-elle représentative ? Quels avantages en tireriez-vous ?
Avec des règles démocratiques de représentation dans le public et le privé, notamment en ouvrant le premier tour de l'élection à tous les syndicats légalement constitués, l'UNSA peut devenir représentative. Cela renforcerait la capacité des partenaires sociaux à négocier. Nous serions dans le pôle réformiste, complémentaire à la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC. Cela nous donnerait plus de moyens, avec le paritarisme, et plus de capacités au niveau national, dans les branches et les entreprises où nous ne pouvons entrer. On travaille aujourd'hui avec des bouts de ficelle.
Le patronat veut-il, selon vous, réformer le dialogue social et renforcer la place des syndicats ?
Le but de la réforme était de renforcer le syndicalisme de négociation et d'adhésion. Le patronat parle de dialogue social, mais le conçoit sans les syndicats, en tout cas dans les PME.
(Le Monde)
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