Chômage: la polémique repart
Une note rédigée par des experts de l'Insee, qui ont gardé l'anonymat, réévalue à la hausse le taux de chômage. Il serait de 9,4% et non de 8,6%, comme l'affirme officiellement l'Institut
Au moins 200 000 chômeurs "cachés"
Cette note de 15 pages, révélée par Le Monde, est signée "Schi". Elle a été rédigée par trois fonctionnaires – deux administrateurs de l'Insee, dont l'un a travaillé au ministère de l'emploi, et un salarié syndicaliste de l'ANPE. Ils ne prétendent pas avoir eu accès à des données nouvelles, mais s'appuient sur les données de l'ANPE pour affirmer que "de fait, une révision du taux de chômage à la hausse de l'ordre de 0,8 point, soit 200 000 à 300 000 demandeurs d'emploi en plus, ne serait pas surprenante".
Une telle révision ferait passer le véritable taux de chômage, au sens du BIT, de 8,7% à 9,5%, fin 2006. Ce qui "reviendrait à diviser par deux la baisse du chômage estimée depuis mi 2005", selon les auteurs.
Ces derniers justifient leur estimation par le fait qu'"à partir de juin 2005, les innovations se sont multipliées dans la façon de gérer les chômeurs, pour bousculer les demandeurs d'emploi hors des catégories phares utilisées pour les statistiques officielles". Ils citent les licenciés économiques qui signent des conventions de reclassement personnalisé, des contrats de transition professionnelle, ou ceux qui exercent "des petits boulots d'attente aidés par l'Etat". Parallèlement, "le risque de radiation administrative a augmenté de 20% depuis le début de l'année", ce qui représenterait 6000 radiations supplémentaires chaque mois", selon la note.
L'indépendance de l'Insee en débat
Les auteurs concluent: "C'est dire s'il est important que le juge de paix", en l'occurrence l'Insee, "remplisse sa fonction" en publiant "les résultats de l'enquête Emploi 2006". Le 16 janvier dernier, l'Institut avait annoncé que, en raisons d'incertitudes techniques, la publication de cette enquête, qui donne chaque année en mars les statistiques du chômage dans leur version révisée, serait reportée à l'automne. Il doit détailler jeudi devant le Conseil national de l'information statistique les motifs de ce report, qui avait causé des soupçons sur l'indépendance de l'Insee.
Un rapport publié mardi, rédigé notamment par l'office européen de statistique Eurostat, souligne à ce propos que l'Institut effectue son travail en toute impartialité, mais demande toutefois son indépendance juridique "dès que possible". L'Insee est placé sous la tutelle du ministère des finances.
"L'Express"
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