Conflits locaux à La Poste, révélateurs d'un malaise selon les syndicats
Plusieurs conflits locaux à la Poste, à Paris et en province, parmi les guichetiers, les facteurs ou le personnel des centres de tri, témoignent depuis plusieurs semaines d'un "malaise social" selon certains syndicats, tandis que la direction parle d'une situation "normale".
Ces mouvements ne touchent qu'une petite minorité des 300.000 postiers, mais "c'est un malaise latent", selon Daniel Rodriguez (CFTC), avec "une multitude de petits conflits", selon Daniel Chevée (FO). Patrick Bourgeois (CGT) espère cependant "arriver à un mouvement d'ampleur d'ici l'été".
Pour la direction, "il y a toujours des mouvements sociaux, ici et là", et actuellement "pas plus que d'habitude".
Les inquiétudes concernent surtout les bureaux de poste: les salariés protestent notamment contre un projet, baptisé "Terrain", visant à adapter la présence postale aux nouveaux rythmes de vie des clients. "Cette réorganisation, presque terminée, s'est faite en concertation avec les élus", souligne la Poste.
"Les réorganisations se font en supprimant des postes, remplacés par des automates, et les conditions de travail se dégradent", dénonce Nadine Capdebosc (CFDT). Dans les Bouches-du-Rhône une grève est suivie à tour de rôle dans les sept groupements depuis le 13 mars. Même chose tous les lundis en Loire-Atlantique et à Paris, et tous les samedis dans le Calvados. D'autres départements sont touchés plus sporadiquement.
Pour Régis Blanchot (Sud-PTT), "il y a aussi une perte de repères chez les agents. Aujourd'hui, seules les ventes comptent, au détriment du service public".
Les syndicats dénoncent aussi les "nombreuses fermetures de bureaux et réductions d'ouvertures" à venir cet été en raison de la décision de la direction de ne plus embaucher de CDD. "On a besoin de saisonniers pour la suractivité de l'été", assure Jacques Lemercier (FO).
La Poste parle pour sa part de fermetures "pas plus importantes que l'année dernière", et assure qu'elle défend "l'emploi pérenne, en CDI, versus l'emploi précaire".
Le personnel de nuit de plusieurs centres de tri (une quarantaine selon Sud, une quinzaine selon la direction) est par ailleurs toujours en grève perlée depuis le 16 octobre, pour réclamer une augmentation du supplément de l'heure de nuit ainsi qu'une amélioration des régimes de travail. La grève a un impact limité sur le courrier, souligne la Poste.
Du côté des 100.000 facteurs, un mouvement de grève entamé pour demander une meilleure rémunération des plis électoraux n'a eu qu'un très faible impact (1,6% de grévistes selon la direction).
Mais d'autres actions locales se sont déroulées dans plusieurs endroits (Essonne, Loire-Atlantique, Gironde, Franche-Comté, Cher) contre un projet de réorganisation baptisé "Facteur d'avenir". A Paris, des facteurs du 6e arrondissement sont en grève tous les samedis depuis plus d'un an.
Pourtant, un accord sur le développement professionnel des facteurs a été signé en février par cinq syndicats (CFTC, CGC, FO, UNSA, CFDT). "Il n'est pas partout bien accepté, on est en période de rodage", reconnaît FO.
Enfin, les revendications salariales restent "plus que jamais d'actualité" pour Sud, la CGT et la CFTC, notamment après l'annonce d'un bénéfice net 2006 de 789 millions d'euros (+42%) pour la Poste.
Un accord salarial, signé en mars par la CFDT, FO, l'Unsa et la CFE-CGC, prévoit cependant une prime de 100 euros en juillet pour tous les agents et une revalorisation des salaires de 1,5%, pour le tiers d'entre eux qui, salariés de droit privé, ne bénéficient pas des augmentations de la Fonction publique.
"La croix"
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